Jusqu’au 14 décembre, l’université de l’Alberta propose un cours gratuit tout à fait passionnant : « Understanding Video Games« . S’étalant sur 11 semaines, mais à suivre à notre rythme, le but de ce cours est donc de « comprendre les jeux vidéo », comme l’indique son titre, et plus exactement de donner des clés pour analyser les jeux. Si vous êtes un gamergater, ça ne va pas vous intéresser. Mais si vous êtes équipé de sens critique et que vous comprenez bien l’anglais (oral ou écrit, il y a des sous-titres dans les vidéos), les professeurs Leah Hackman et Sean Gouglas ont tourné une série de vidéos très claires et instructives.

Les premières heures de cours posent les bases : définitions, cadres d’études, bref on met tout le monde à niveau. C’est un peu fastidieux, mais nécessaire : on ne se jette pas dans le grand bain sans savoir nager. Sinon on a l’air con (et on se noie.). Une fois les concepts de base bien assimilés, on passe à la suite : l’analyse proprement dite, avec l’étude du scenario, des messages que font passer les jeux à travers leur mécanique, de la culture gamer (oui oui), des questions sociales et éthiques dans les jeux (partez pas), et même du « serious gaming ». Un chapitre qui, contrairement aux apparence, était franchement intéressant à suivre. Je balance tout ça en vrac, histoire que tout soit bien clair si vous avez envie de suivre ces cours : c’est clairement inclusif, avec un discours fin, et parfois drôle.

Ça se voit un peu, mais j’ai adoré. Parce que j’aime profondément les jeux et que tout ce qui touche à leur histoire et leur analyse me passionne. Pour cela, on peut sans doute remercier le patriarcat qui m’a poussé à m’investir bien plus que le péquin moyen pour me sentir légitime. Mais ça vaut presque le coup. Surtout en plein gamergate, suivre ce cours qui parle le plus naturellement du monde de concepts tels que l’hétéronormativité (en ces termes, oui), le genre, et la race¹, et qui explique très simplement pourquoi il faut qu’on sorte de ce bourbier oppressif, ben ça fait un sacré bien. Et j’invente rien, comme vous pouvez le voir sur ces screens (il s’agit de quelques petits exercices qui parsèment les vidéos) :

Capture d'écran d'un exercice du cours
Genre

Capture d'écran d'un exercice du cours
Male gaze

Capture d'écran d'un exercice du cours
Hétéronormativité

En plus des cours en eux-même, les professeurs fournissent une liste d’articles et de ressources sur les thèmes abordés (dans laquelle on trouve notamment Feminist Frequency et des vidéos de MovieBob, soit dit en passant) pour ceux qui veulent approfondir le sujet. Oui, je fais de la pub mais, hé, c’est vraiment indispensable et magique, ce cours, si on aime les jeux… Surtout en ce moment. J’ai l’impression que la haine aveugle et les vérités « en arrivage direct de mon cul » sont la norme, alors un peu de factuel et de sérieux, c’est rafraichissant. Et c’est gratuit, aucune excuse pour ne pas le suivre.

Pour revenir sur la question du genre, parce que c’est un peu mon rayon et que c’est bien le moment d’en parler, j’aimerais retranscrire une remarque d’une pertinence qui m’a fait sourire (je la traduis ici, pour plus de confort) : « Prenez le stéréotype du joueur masculin. La game designeuse Brenda Romero fait remonter son origine jusqu’au début des années 90. En automne 1993, deux événements majeurs sont survenus. Le premier a été la sortie de Doom, qui fut le porte-étendard du genre des FPS, dominé par les hommes. Le second fut la sortie du jeu d’aventure Myst, qui a été le jeu le plus vendu pendant une décénnie. Les femmes jouaient bien plus souvent à Myst que les hommes. Il est intéressant de noter que Myst a perdu sa place de best-seller au profit des Sims, un autre jeu connu pour son public essentiellement féminin. Et pourtant, les médias et le public associent rarement les jeux à un loisir féminin. »

J’aimerais ajouter une remarque : si les Sims sont un peu la case de Bingo gratuite dès qu’on parle des gameuses, un jeu souvent ridiculisé parce qu’il n’en serait pas vraiment un (le cours parle également très bien des gens qui détiennent La Vérité sur ce qu’est Un Vrai Jeu, d’ailleurs), Myst est difficilement classable en jeu « trop facile pour les meufs lol ». Dons si on a occulté le public féminin de Myst, c’est pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le manque de « sérieux » ou d’investissement (émotionnel ou temporel) des gameuses. C’est toujours bon de le rappeler.

Il était également très plaisant de voir évoqué le sujet de la race, même si, comme ils le disent, il y a encore trop peu de recherches sérieuses sur le sujet. Ce qui est dommage, d’ailleurs, alors qu’on commence à bien connaitre les rapports entre genre et JV, même si ça dérange les … heu… La frange la plus conservatrice des gamers. Mais j’imagine que maintenant qu’on lutte activement pour l’inclusivité dans les jeux, quelqu’un (de concerné, si possible) finira bien par s’emparer de la question.

Bref, je vais arrêter de vous le vendre, certain-es vont finir par trouver ça suspect. Mais le mot de la fin sur ce cours sera une belle phrase, qui m’a donné le sourire : « Si nous voulons que [les jeux vidéos] soient pris au sérieux en tant que médium, cela signifie que nous devons engager une réflexion critique au sein de ce médium. Et nous ne pouvons pas nous détourner des sujets difficiles. ».

Maintenant que tout le monde est motivé et va s’inscrire, j’aimerais évoquer rapidement deux sites que j’ai découvert récemment et qui servent de plateforme de distribution pour des jeux un peu différents. J’en parle ici parce que ces jeux couvrent à la fois des sujets des cours (comme le serious gaming et l’analyse sociale) et parce que je n’aurais sans doute pas d’autre occasion de le faire. Bon, je n’ai pas tout testé et je ne sais pas ce qu’ils valent individuellement, mais ces initiatives me semblent importantes.

Le premier est https://jagga.me/ dont le but est de sensibiliser les gens (et surtout les adolescent-es) à la violence dans les relations sentimentales chez les plus jeunes. Une fois encore je n’ai pas tout testé, mais il faut savoir que les jeux sur ce site sont gratuits jusqu’à fin octobre, alors c’est le moment de le recommander aux ados et jeunes adultes autour de vous. Parce qu’on parle rarement de ce type de violence, comme si les relations sentimentales des adolescents ne devaient pas exister. Alors que, comme pour la contraception, c’est avant d’en avoir besoin qu’il faut en parler. Et plus vite on apprend ce qui est acceptable ou non dans une relation de couple, mieux on gère les situations problématiques quand elles se présentent.

L’autre site est http://www.gamesforchange.org/play/ qui regroupe des jeux (surtout !) éducatifs (beaucoup) sur des thèmes variés, comme l’environnement, la santé, les droits humains, etc…

Parce que les jeux vidéo ne sont pas seulement un divertissement, et que comme tous les médias ils font forcément passer un message (voir à ce sujet le concept de rhétorique procédurale, développé par Ian Bogost²), il est important de savoir le décrypter. On est loin de l’époque de la découverte, maintenant tout le monde joue, à des jeux de plus en plus nombreux, et c’est tout simplement dangereux de rester passif face à ce qu’on nous propose. Et, on ne le répétera jamais assez : on peut critiquer constructivement quelque chose et être capable de l’apprécier. Et si on ne l’apprécie pas, c’est pas grave : on échange les expériences, c’est SAIN. Ce qui est malsain, en revanche, c’est d’être capable de défendre becs et ongles une communauté/une ambiance/un domaine au point d’être incapable de voir ce qui ne fonctionne pas dans ladite communauté et ce qui est toxique. On le voit en ce moment, mais des gens luttent activement pour rendre impossible toute réflexion critique sur les jeux vidéo et pour interdire « leur monde » aux femmes. Ils en sont à planifier des meurtres, en toute décontraction. Pour le moment, heureusement, c’est resté des paroles en l’air. Mais bien sûr que ça craint, dans quelle dimension peut-on trouver ça acceptable ? La critique, la réflexion, l’échange d’opinions³, tout cela est sain, et ce ce qu’on devrait encourager. Sans réflexion, sans évolution, une communauté meurt.

¹ Race au sens social, pas biologique bien entendu.
² « Si les films et les récits écrits sont très efficaces pour raconter des histoires, les jeux vidéo atteignent leur plein potentiel quand ils modélisent des comportements, quand ils décrivent des processus du monde réel par l’intermédiaire de processus informatiques. Ils s’expriment alors par leurs règles : c’est la rhétorique procédurale », dans : Persuasive Games – The Expressive Power of Videogames
³ Par « échange d’opinions » je pense bien sûr à une logique positive, échanger dans le but d’améliorer et d’avancer. Pas de dire « mon opinion c’est qu’une femme ça va dans la cuisine », hein.


Attention, attention : ceci est un condensé de pur ras-le-bol, AOC et Bio, de nos régions.

Dans les milieux militants, et surtout féministes, beaucoup de personnes connaissent cette phrase : « Ne me libère pas, je m’en charge ! ». J’aime beaucoup ce slogan, qui fait tache dans cette société patriarcale infantilisante. Ce slogan qui est, pour moi, un peu la base du mouvement féministe : des femmes qui prennent la parole pour elles, pour leurs droits, sans demander l’autorisation aux hommes.

Mais voilà qu’arrive l’ONU et sa campagne He For She. Le concept : demander aux hommes de, siouplé, bien vouloir écouter un petit peu et, please, de dire que ouais, le sexisme c’est pas bien. On en profite aussi pour rappeler que le sexisme touche aussi les hommes, histoire de les motiver, et on attend. Quoi ? On sait pas trop, une prise de conscience qui va magiquement opérer grâce à la porte-parole de la campagne, Emma Hermione Watson. Pour le moment, on a des photos de mecs avec des pancartes, c’est joli, ça décore Instagram encore mieux que les chatons.

Ah, ces féministes, jamais contentes, hein. On leur montre des gentils hommes qui vont se batt… Heu… Dire haut et fort que le patria… Heu… Que ouais, les femmes c’est aussi des humains, et elles râlent encore ? Ben… Oui, désolée. Je laisse la critique intersectionnelle à celles qui sont compétentes, je vais juste me plaindre… *grondement de tonnerre*… Des hommes.

Parce que, soyons honnêtes. La carte du « les hommes aussi sont victimes du sexisme », on la sort depuis un bail. Déjà, parce que c’est vrai, mais surtout parce que c’est le seul moyen d’être vaguement écoutées. Alors qu’il est évident que le sexisme dirigé contre les femmes est bien plus violent (et par violent, j’entends MEURTRIER, hein), et que celui dirigé contre les hommes est en partie considéré comme une fierté par ces derniers (je connais pas tellement d’hommes « ouverts d’esprit » qui remettent en question la construction de la virilité…). On en parle beaucoup, au point parfois d’avoir l’impression de ne faire que ça. Et est-ce que ça marche ? Trader* de non. J’ai bien peur que la gentillette campagnounette d’Emma ne fasse absolument pas avancer la situation, en plus de balancer un peu à la tronche des femmes « hé, on a eu une super idée, on va parler DES HOMMES !!! » « *deskface* ». Cool, tiens, ça va nous changer. HO WAIT.

Comprends, Emma, qu’ils s’en tamponnent le fondement avec un objet doux et soyeux.

Et puis les hommes qui vont trouver que c’est bien, qu’il faut s’engager, vont-ils tenir sur la distance ? Peut-être. Mais je n’ai pas confiance. Parce que mon expérience des hommes « cools » et éventuellement « pro-féministes » est totalement moisie. Pourtant, je n’ai pas pour habitude de fréquenter les derniers des cons, je ne parle qu’à des gens corrects. EN PRINCIPE. Mais il faut admettre que ce que j’attends des hommes, sur ce sujet, est minime. On ne demande pas à un enfant de 4 ans d’écrire une thèse, m’voyez. J’évite de parler de sexisme, parce qu’évoquer une anecdote sexiste c’est prendre le risque de voir la personne se renseigner, fouiller… Pour -excuser- le comportement limite. Gnihihahaha, crise de nerfs. Genre « ah ouais, mais il y a aussi -tel truc non sexiste- à côté, donc en fait ça va, c’est juste con ». L’objective remise en contexte, par L’Homme™ (éditions Plouf, 2014). « C’est juste con », la phrase de l’enfer, que j’ai envie de marquer au fer sur ceux qui la prononcent. C’est juste un truc con qu’on subit 5, 10, 20 fois par jour. Le hasard du truc con, quand même. Le sexisme, pour beaucoup d’hommes, n’est simplement pas une oppression, et si il touche un milieu qui leur tient à coeur (jeux vidéo, musique…) disparait totalement par magie. J’aimerais avoir les mêmes lunettes magiques, celles qui font disparaitre les trucs qui puent des domaines qui me plaisent, mais je crois qu’elles n’existent pas en version piscine. Bah ouais, on NAGE dedans, il faut des lunettes spéciales.

Accessoirement, ma dernière expérience concernant un homme qui se revendiquait féministe s’est terminée sur une nuit de pur cauchemar, avec d’un côté moi qui n’avait pas envie de lui parler, et de l’autre lui qui m’a harcelée (toute. La. Nuit.) pour m’obliger à l’écouter. Il n’y avait pas de raison particulière, j’avais envie d’être tranquille et j’ai ouvertement refusé de me prendre la tête, mais c’était intolérable, et je devais l’écouter, point. Les comportements sexistes (dans ce cas précis : considérer qu’une femme nous doit l’écoute, à tout prix) sont ancrés très profondément, chez tout le monde. Mais j’ai parfois l’impression que les hommes qui ne se comportent simplement pas en salauds finis pensent que c’est largement suffisant. Et une petite blague par-ci par-là sur les meufs, hein, c’est pas bien méchant. Le sexisme se perpétue essentiellement dans les discours normalisant la violence, pas dans la violence en elle-même. Donc, j’ai une mauvaise nouvelle si vous trouvez drôle de rire de blagues/situations sexistes, ou si vous excusez ces comportements. J’ai déjà du l’évoquer, mais l’idée n’est pas de partir en croisade et de manifester à chaque incident sexiste, juste de ne pas soutenir les responsables. Et c’est hélas ce que je vois trop souvent. Je perds la confiance que j’avais dans des gens proches, petit à petit, à force de voir ce schéma se répéter. Je pourrais gueuler « mais tu veux pas réfléchir un peu, là ? », sauf que je n’ai pas la force, que je ne veux pas froisser… Alors je regarde simplement la confiance s’évaporer, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que son squelette livide et fumant. Au moins. Quand on me partage en riant la vidéo d’un mec qui fait semblant de s’exhiber nu devant des gosses pour faire réagir la mère, ça me fait pas rire, genre du tout. Je pense juste « ah lol. C’est cool, on dirait ce qui se passe dans la vraie vie, mais pour une fois non. » Je pense aussi « tu quoque mi fili ! », un bref instant. L’énergie nécessaire à l’explication, je l’ai pas forcément sur le moment, et je sais aussi que ça va simplement être perçu comme chiant. On déconne, roh ! Alors je la ferme, je garde pour moi la peur (réaliste) qu’ont les femmes de ce genre d’agressions, qu’il existe les mêmes vidéos sans le « semblant », et que ça fait autant rire les gens, et je suis ultimement dégoutée en silence. Drapée dans une toge. Et c’est la gêne (presque autant que la fois où on m’a demandé « t’as reçu les invitations au mariage de machin ? » et que j’ai répondu « heuuu non. » Mais c’est difficilement surpassable, il faut avouer.)

Alors bon, HeForShe… Mwais. J’ai pas confiance. Totalement pas confiance. Il y aura des personnes de bonne foi, d’autres qui le seront moins. Dans celles de bonne foi, il y en aura beaucoup qui ne vont pas comprendre exactement la situation, et se faire des intraveineuses de cookies. Vous n’imaginez pas comme c’est dur de pas devenir effectivement misandre, messieurs, quand tous les hommes, les uns après les autres, se révèlent aussi décevants. Mais à la limite, pour m’emmerder, ça serait cool de faire l’inverse de ce que je dis, et de se bouger effectivement le cul. Ca changerait. Pendant ce temps, je me casse sur une île imaginaire peuplée de meufs et de loutres qui chantent. Non mais sans rire, j’y vais.

*Je tente de remplacer les occurrences de « putain » par « trader ». C’est mieux niveau insulte. Voire : capitaliste.


Pendant quelques mois, j’ai regardé une émission amateur américaine, présentée par un couple. Le but de l’émission était de soutenir les participants à un challenge (tricoter un pull en 30 jours ou moins) en donnant des conseils, invitant des personnes de l’industrie de la laine, bref en proposant une animation conviviale pour motiver les gens. C’était très bien, très frais. Pour moi, qui faisait à l’époque mon premier pull et stressait un peu, ça me rassurait et j’apprenais des astuces en même temps.

Chouette idée, sur le papier. Le hic, c’est que c’est un couple hétéro dont l’homme ne semble pas tellement féministe, dirons-nous. Donc lorsqu’un homme (légèrement, disons « normalement ») sexiste pratique un loisir essentiellement féminin, il se produit un phénomène bien connu : la sur-virilisation (évoquons un instant les bronies. Voilà, c’est fait.). En général c’était supportable, j’ai juste grincé des dents de-ci de-là suite à des remarques dont il aurait pu se passer (« les femmes pensent ça les femmes font ça la meilleur eau d’est la *marque déposée*), jusqu’au jour où il a invité un autre homme (la vidéo est donc en anglais, très longue et de très mauvaise qualité, donc il faut bien gérer dans cette langue, désolée. Je ne propose le lien que pour éviter d’être accusée de mentir ou que sais-je, je suis habituée…).

Je ne pensais pas voir un tel étalage de virilisme dans une émission sur le tricot, vraiment. En faire un article, encore moins. Mais il me semble que c’est un exemple parlant de la façon qu’ont les hommes de s’approprier un loisir féminin. Et je parle bien d’appropriation, pas de participation. Un homme non sexiste est parfaitement capable de faire la différence, en général, et de participer sans se sentir émasculé ou diminué. Dans le cas de l’appropriation, on arrive toujours à l’exclusion, et c’est ce qui pose problème. Bien sur, on pourra m’objecter (et je prends donc les devants…) que les filles, par exemple, s’imposent dans le monde geek et font même des groupes de filles (comme les « gamer chicks »…), alors pourquoi se plaindre des hommes qui revendiquent leur masculinité ? Comparons les différents cas de figure :

– Premier cas : les filles et le monde geek. Je vais faire court et synthétiser au mieux, mais tout d’abord il faut bien mettre les choses dans leur contexte, à savoir que le patriarcat est un système qui exclu les femmes de tout ou presque, par défaut. Dans un système pareil, il est vital pour les opprimés (ici, les femmes, mais ça vaut pour tous les groupes opprimés) de se regrouper (en groupe non-mixte) pour former un environnement sinon safe, du moins rassurant. Lorsqu’on voit la violence des auto-revendiqués geeks à l’égard des femmes (mhfreq.org en donne un bon aperçu), il semble normal de voir naître des groupes de filles qui vont se protéger entre-elles de toute cette violence (je ne vais pas parler des groupes de filles constitués artificiellement et mis en avant pas des marques pour servir d’appât à gogo, pas besoin de faire un dessin pour voir le sexisme de la situation). Il s’agit de protection, j’insiste bien, et de révolte contre des comportements oppressifs. Mais le but n’est pas d’écraser les hommes, ou de leur faire abandonner un loisir qu’ils aiment, juste de se faire une petite place sans en prendre plein la tête. Notons enfin que le « monde geek » n’a jamais été spécialement masculin, comme on peut entre autre le voir ici (en résumé, pour les non-anglophones, le métier de développeur était un métier stéréotypé féminin jusque dans les années 60), et que c’est à force d’exclusion qu’on en arrive à cette illusion.

- Second cas : les bronies. Même système patriarcal, mais cette fois la personne qui « infiltre » le loisir est un homme. Le fandom, traditionnellement composé de petites filles, va être inondé de pornographie et de misogynie (rien que le nom, « brony », vaut son pesant de caca-houètes) jusqu’à total exclusion. Le but : s’approprier totalement un loisir parce qu’on l’aime bien et que, comme on en a de grosses (pokeballs ?), il faudrait pas qu’on laisse des filles participer. Saine motivation. Mais c’est ainsi qu’est construite la virilité dans notre société : un loisir acceptable par les hommes ne peut pas être mixte, les femmes rendant par défaut futiles tout ce qu’elles touchent, alors qu’un loisir d’homme ne peut pas être futile. N’est-ce pas. C’est donc un travail de sape qui va lentement exclure ces personnes indésirables et, ultimement, rendre cet environnement vivable pour les hommes (oui, c’est presque de la terraformation). Et c’est, encore une fois, un phénomène courant et classique : j’ai donc évoqué les devs, j’ai sans doute déjà expliqué que le tricot fut lui-même longtemps une affaire d’hommes avant qu’ils ne décident de s’en débarrasser (ce site me semble, en passant, proposé par un homme qui tricote sans avoir besoin de surjouer. Par ailleurs, cette photo de Russell Crowe qui fait semblant de tricoter me fait pousser de petits et discrets « yip yip yip ».), bref ce sont les hommes qui définissent depuis fort longtemps ce qui est masculin ou féminin, et peuvent décider de modifier une catégorie si, soudain, un domaine leur plait. Chaque fois, les femmes héritent de ce qui devient une corvée, ou des choses devenues « futiles », et se font prestement exclure des nouveaux domaines masculins. Pour l’instant, le tricot est encore vu comme féminin, mais de plus en plus d’hommes se sont lancés dans ce loisir. Personnellement, je trouve ça très bien, et j’approuve sans réserve les livres de modèles 100% masculins, ou les groupes d’hommes en général dans ce domaine. Après tout, je suis un terrible agent du Gender, et dans mon monde idéal les gens feraient ce qui leur plait sans se demander si c’est bien « assez viril ». Cependant, ce qui pique quand on a une vision assez global des rapport des genre, c’est bien la virilisation. Et par virilisation, j’entends…

Couverture du livre "Knitting with balls"

Cette couverture de « knitting with balls », « tricoter avec des boules » (en anglais, « balls » fonctionne pour les pelottes de laines, mais en français « boule de laine » n’a pas tellement de sens), le guide du tricot de l’homme moderne (en majuscules, l’homme moderne), me laisse perplexe. Déjà le titre qui joue sur un double sens assez gras (« j’AI DES BOULES J’SUIS UN VRAI BONHOMME CISHETERO ») est très beaufisant, mais la laine elle-même (gros calibre, tout aussi grosses pelotes, et rouges s’il vous plait) et le nombre d’aiguilles, droites bien-évidemment, dont le nombre vient compenser leurs petits diamètres respectifs, dans la main de l’homme ne laisse planer aucun doute : on vient parler à des hommes « qui en ont ». T’es un homme, tu veux tricoter ? Viens, on va te montrer pourquoi tu peux quand même rester un vrai mec ! Ce qui devient drôle, c’est que la description précise que le livre s’adresse aux personnes de « tout genre ».

Petite anecdote : j’ai commencé à préparer cet article (ok, j’ai eu l’idée…) en décembre dernier. Entre temps, cette chose est sortie, et je viens de la découvrir : « Manly knits ». Le tricot viril. Et la description est à pleurer : « les vrais hommes tricotent. « Manly Knits » est un guide de projets de tricots vraiment masculins ». Prouver encore sa virilité, tout le temps, comme si notre vie en dépendait. Même un simple loisir devient un enjeu de domination : je tricote mais je reste un mâle alpha. Greuah.

Visiblement, un homme serait donc incapable d’ouvrir un livre de tricot dont la couverture serait trop douce, trop pastel, trop colorée ou, pire, trop neutre. Ce qui est très intéressant sur cette question des livres, c’est que beaucoup de femmes s’éloignent des publications féminisées pour des raisons de sexisme, justement (les manuels d’informatique « pour les filles » sont un des exemples les plus pathétiques que j’ai pu voir), mais de nombreux hommes préféreront s’orienter vers un livre spécifiquement genré pour eux (à cela rien d’étrange, la virilité étant vendue comme nettement préférable à la féminité, et forcément plus sérieuse, donc gage de texte plus technique et de meilleure qualité. Et c’est difficile à infirmer quand, encore une fois, on voit les contenus « réservés aux femmes »…)

Bon là, je parle de tricot, mais ce qui se passe du côté du patchwork n’est guère mieux, comme on peut le voir « ici. » Arrivée en Harley, accumulation de clichés sexistes sur la virilité, la bière et les meufs… Sortez-moi de là.

Mais passons, je m’éloigne du sujet.

Pour en revenir à la vidéo, ce qui m’avait fait bondir en premier c’est le nom du site de l’invité : it takes balls to knit (« il faut des boules pour tricoter »). Il semble que le jeu de mots à base de boules soit très populaire parmi les hommes qui tricotent. Freud serait probablement fasciné par la question. N’est-ce pas. Cette fois, les aiguilles sont énormes, mais je suppose que toute analogie serait malvenue. Ce qui me rend triste, c’est que cette personne constate certains problèmes posés par les limites des genre, notamment lorsqu’il explique que, lorsqu’ils savent qu’il tricote, des gens lui demandent si il est gay, ou si il fait ça pour « choper des filles ». Des critiques (du moins, cela se veut comme tel, même si je ne vois pas tellement le drame d’être gay) qui se retrouvent dès qu’un homme sort des cases assignées (les hommes féministes connaissent bien ces réflexions). Mais hélas, au lieu de s’en servir pour comprendre pourquoi on lui fait ces remarques, il répond en critiquant une industrie « faite pour les femmes ».

Alors oui, il a raison sur ce point, mais les arguments laissent à désirer : « les fibres, les couleurs, tout est féminin ». Pour les fibres, je n’y reviens pas, j’ai fait un article là-dessus. Par contre je ne vois pas en quoi une fibre serait plus féminine qu’une autre, et spécialement la laine. Les pécheurs irlandais seraient bien étonnés. Quand au couleurs « féminines », c’est tout simplement ridicule. Les couleurs les plus répandues sont les couleurs naturelles (noir, blanc, les gris, les bruns…), et il y a également beaucoup de couleurs. Toutes les couleurs. Si le fait de proposer de la couleur « flashy » parle peut-être plus au femmes (dans leur logique sexiste), les couleurs naturelles n’ont rien de genrées. C’est assez dérangeant de demander à demi-mot le retrait de la couleur pour qu’un homme se sente à l’aise. A mon sens, il est plutôt positif de pouvoir contenter tous les gouts, sans exception. On est pas loin d’entendre parler de misandrie, alors que la laine est un monde assez vaste pour que tout le monde trouve son bonheur, dans la fibre de son choix (ou presque, comme pour les fils bio végétaux non colorés pour lesquels le choix est plus restreint, bien sur).

On apprend aussi que les vêtements unisexes sont « faits pour les femmes ». Peut-être est-ce une question de point de vue mais, par exemple, dans le cas des t-shirts unisexes, ils ne sont clairement pas adaptés à une morphologie féminine (et là, on parle des t-shirts de metal réservés aux homme, discrètement, hop là). Quand aux autres vêtements unisexes (je pense aux hoodies, jean’s basiques, n’importe quoi dans le genre), je les trouve effectivement neutres. Le neutre ne serait donc pas une option acceptable pour un homme, un vrai ?

Pourtant, on pourrait revenir sur les livres sur le tricot clairement orientés vers les femmes et adressés uniquement à elles, les émissions de tricots animées surtout par des femmes, on pourrait parler du packaging des aiguilles ou des pelotes, bref il y a effectivement des arguments valables pour évoquer cette industrie très féminine. Mais là, j’ai surtout entendu « tout n’est pas fait EXPRES pour moi, imaginez, il y a de la COULEUR ! Et pire, on trouve même des pelotes de mohair ! Non mais ça va pas ! » Il estime également que les modèles de tricot pour homme ne sont pas assez virils. Une fois encore, je pense au traditionnel pull aran des pêcheurs, mais au-delà de ça on trouve de nombreux catalogues/modèles pour hommes qui sont tout à fait masculins… Et c’est avec une misogynie crasse qu’il assène pourtant « je prends mon inspiration des tricots des femmes, mais j’aime tricoter des trucs pour les hommes ». Une femme est donc incapable de tricoter un pull/une écharpe/un bonnet assez viril, visiblement. Il doit donc, le pauvre, puiser dans cette inspiration mais en faire un truc « de bonhomme ». Je me demande donc décidément ce qu’est un vêtement assez viril, mais à part la combinaison d’Iron Man, je ne vois pas.

Bref, je vais arrêter là, il y aurait trop à dire sur l’ignorance et le sexisme ordinaire (Lacy qui s’extasie sur le fait que la plupart des designers connus soient des hommes en citant ce livre, par exemple, comme si c’était une bonne chose. J’ai compté, effectivement, 13 femmes sur 50 designers de mode. Démonstration écrasante de la misogynie dans le milieu de la mode, au sein d’un domaine qu’on considère pourtant féminin.). Mais c’est vraiment un cas d’étude intéressant. Parce que oui, il y a peu d’hommes qui tricotent, oui ils pourraient avoir une meilleure visibilité sans être ridiculisés, il y a aussi des choses à dire sur l’industrie genrée, etc… Mais tout ceci ne devrait pas être critiqué sans un minimum de connaissance des rôles genrés et du sexisme, parce qu’on voit très vite comme on dérive vers une critique précisément sexiste, donc à l’opposé de ce qui serait souhaitable, et un besoin absurde d’affirmer sa virilité, là-encore dans une logique contre-productive et non libératoire. Au contraire, une critique partant du patriarcat et ses conséquences permettrait de comprendre pourquoi on s’autorise/se refuse certains loisirs, et de pouvoir en profiter sainement, sans devoir perpétuellement jouer un rôle et, surtout, sans reconduire l’oppression. Mais il est possible que je sois simplement une hippie sectaire vegetarianno-depressive misandre, finalement. En tout cas, messieurs, si vous voulez tricoter ou crocheter, faites-le donc à la cool, comme eux :

Punks qui tricotent

Vous n’avez rien à prouver à personne.


Ethique et tic et laine

J’ai déjà évoqué les raisons qui me font aimer le tricot : pouvoir fabriquer mes propres vêtements, à mon gout, sans dépendre de l’industrie de la mode, flatte mon côté anticapitaliste. Mais c’est également une activité relaxante, qui permet de prendre le temps de se laisser vivre, et de rêvasser au doux son du "tic tic tic" des aiguilles qui s’entrechoquent… Bref, c’est vachement cool.

Cependant… Lorsqu’on fait au mieux pour vivre dans une logique vegan / développement durable, on est parfois un peu perdu. Déjà, la laine, ça vient du mouton, non ? Alors comment peut-on tricoter et être vegan ? Et si on n’est pas forcément vegan, mais qu’on veut un produit éthique ? Ces questions sont bien plus complexes qu’il n’y parait. Chacun a ses propres limites morales, il n’y a pas une seule façon de vivre "en accord avec la nature". Vegan (donc non-issu des animaux) ne signifie pas ecofriendly (bon pour la planète), mais ceux deux notions peuvent s’entrelacer. Alors, par où commencer ?
Listons les principales catégories de fibres : animales, végétales, synthétiques. Déjà, on peut voir que le mouton n’est pas le seul fournisseur de "laine" au monde. Et pour chaque "catégorie", certaines fibres sont plus problématiques que d’autres. Essayons de dresser quelques "profils" de trioteur-euse-s, pour tenter de s’y retrouver !

- "Je veux tricoter toutes les fibres, TOUTES, et constituer un fibredex !" <- Là, c’est facile : lorsqu’on s’autorise à tricoter n’importe quoi, le monde entier s’offre à nous. Cependant, il faut bien savoir que certaines fibres sont particulièrement non-éthiques (à mon sens) : lorsque la récolte de la fibre implique la mort de l’animal porteur, cela me semble être une limite minimum et très raisonnable, cf le possum ou le vison. Oui, il existe de la "laine" faite à partir de ces animaux, comme on peut le voir ici ou . La laine de vison n’a d’autre marketing que son côté "luxe", mais la laine de possum est défendue comme étant issue du massacre "nécessaire" des possums (qui tuent les kiwis.). Je peux concevoir le désastre écologique qui fait suite à l’introduction d’une espèce dans un nouvel environnement, mais, malgré tout, voir cette laine défendue comme étant presque écologique et bonne pour la planète me laisse un sale gout dans la bouche… Mais passons, je n’ai pas à tenter d’imposer mon éthique aux autres. Il me semble simplement important de savoir que certaines fibres sont plus "défendables" que d’autres. D’autre part, n’oublions pas la soie, qui est le plus souvent obtenue en tuant les chenilles du bombyx pour récupérer le cocon (il existe cependant des soies récoltées après l’éclosion de la chenille, inutile de dire que si je tricotais de la soie, elle aurait ma préférence !). Les insectes ne méritent pas moins de vivre que les autres. Pour finir, au nombre des nouvelles matières, on trouve des laines fabriquées à partir de lait (oui, du lait de vache). Là encore, c’est moralement discutable, dans la mesure où l’industrie du lait est indissociable de celle de la viande, et qu’il faut une quantité invraisemblable de lait pour faire une pelote de laine. Mais à part ces quelques exemples, si notre conscience ne nous rappelle pas à l’ordre, tout est possible.

- "Je veux tricoter des fibres animales mais sans faire -directement- du mal aux animaux !" <- Là aussi, c’est assez simple. La plupart des fibres animales tricotées sont prises sur des animaux qui, une fois tondus, vont simplement refaire leur pelage. On ne blesse pas "directement" les animaux pour la fabrication de laine. Cependant, on va faire beaucoup de mal à certains pour l’obtenir. Dans le cas du mouton, la majeure partie de la laine est récoltée en Australie et en Chine, des endroits où la protection animale est particulièrement "relative". Elevage intensif, manque de soin, traitements cruels (comme le "mulesing", consistant à découper de la chaire à vif sur les bêtes, sans soin, pour éviter l’infestation par les mouches à viande. Ne faites pas de recherche Google sans avoir bien compris de quoi il retourne, les images sont atroces)… N’oublions pas les chèvres, pour le cachemire et l’angora, les alpagas, le lapin angora (laine obtenue par épilation)… Ces animaux sont souvent tués lorsque leur rentabilité baisse, et l’industrie de la viande se trouve alors très liée avec celle de la laine. Donc si la récolte de la laine n’est pas douloureuse en tant que telle, n’oublions pas les conditions de vie des animaux qui nous permettent de l’obtenir.

- "Je veux tricoter des fibres animales éthiques !" <- Question complexe, selon les conceptions de chacun de l’éthique. Et éthique d’accord, mais pour les animaux ou les gens (deux possibilités heureusement non mutuellement exclusives) ?

On peut en effet soutenir des petits exploitants du limousin ou de Mongolie (avec de la laine de yak ou chameau ) en achetant leur laine, ou des causes humanitaires comme avec les femmes de Manos del Uruguay, Be Sweet et les femmes d’Afrique du Sud, ou Mango Moon et les Népalaises. Ces programmes sont humainement formidables, et donnent une occasion aux femmes de s’émanciper dans des régions où leurs conditions de vie sont parfois déplorables.

Si la laine animale la plus éthique c’est celle qu’on peut faire chez soi, avec des animaux qu’on aime, garde jusqu’à leur belle mort et traite du mieux possible, c’est aussi la plus difficile à obtenir (un alpaga ne tient hélas pas sur ma terrasse). Certaines personnes font de la laine à partir des poils brossés de leur chiens et chats, mais cela demande de la patience, même si le résultat est superbe (comme on peut le voir avec ce châle en poils de Samoyede ! Il me faut un toutou poilu. Vraiment.). Il faut donc croire sur parole les petits élevages locaux, si possible, ce qui n’est pas toujours facile à trouver. Sur internet, on peut consulter les sites de Juniper Moon Farm, Thristle Cove Farm, ou the New Lanark organic wool spinners (qui vient également en aide à cette vieille ville d’Écosse). Je ne doute pas qu’il existe de nombreux petits exploitants français qui pourraient entrer dans cette catégorie, mais hélas, je ne les connais pas. N’hésitez pas à partager des liens !

- "Je ne veux pas exploiter les animaux, mais je n’ai pas beaucoup d’argent" <- On le sait, les produits marketés "bio", "écolo" et compagnie sont souvent gonflés au niveau du prix (sans que cela soit forcément justifié). Donc comment faire quand on a envie de profiter du plaisir du tricot sans se ruiner et sans faire de mal aux bêtes ?

On peut tricoter des accessoires avec des matériaux originaux, comme la simple ficelle. Pourquoi pas ? Un petit panier en ficelle tricotée, c’est tout à fait charmant. L’important, c’est d’avoir de l’imagination.

On peut recycler. Ma grande passion ! Chez soi, on peut réutiliser des matières souples (comme je l’ai souvent vu pour les sacs en plastique) pour fabriquer toutes sortes d’accessoires, ou ses propres vêtements. Si les marques comme Hoooked font fortune avec le Zpagetti en recyclant les chutes de tissus issus de l’industrie et en les vendant à prix d’or (au moins), il est tout à fait possible de faire pareil avec ses vieux t-shirts ! Un tuto ici vous expliquera clairement comment faire. Certes, on est plutôt dans le crochet et les accessoires pour la maison (impossible de se faire un pull avec ça…), mais c’est parfaitement ludique et écofriendly, surtout dans un monde où on jette ses vêtements à chaque nouvelle saison. Et on peut utiliser d’autres pièces de tissu, comme un vieux drap en flanelle (Un drap = un tapis tout neuf pour ma salle de bain, confortable et moelleux. La perfection). Il vaut mieux utiliser des matières simples comme le pur coton et le jersey, les tissus synthétiques risquent de s’effilocher. On peut aussi trouver des fils plus classiques en vêtements recyclés, qui peuvent devenir de nouveaux vêtements, comme la laine de RSK Greenshop, la Recycline de Bergere de France, la Revive de Katia ou la gamme "Plassard Nature" chez Plassard, avec Coton Recycle ou Ecotweed. Attention, des fibres animales entrent parfois dans la composition. Si vous refusez totalement d’utilisez de telles fibres, même recyclées, vérifiez au cas par cas ce qu’indique l’étiquette ! Notons aussi que certaines marques, comme Be Sweet évoquée plus haut, produisent des fils issus du recyclage, illustrant ainsi parfaitement l’intersection des différents critères moraux. Création Mohair propose également des pelotes issues du recyclage des saris indiens (en fil ou bande de tissu). Acheter du fil recyclé, c’est aussi encourager les marques à en produire ! Une bonne façon de s’inscrire facilement dans une logique de développement durable. Enfin, on peut tout bêtement récupérer le fil de vieux pulls dont on aime plus la forme, par exemple (tuto à venir, plus tard).

On peut, d’autre part, utiliser des fibres synthétiques (acrylique, polyamide…). Bon marché, elles sont issues de l’industrie pétrochimique. Ces laines sont généralement douces et souples, faciles à trouver, bref un moyen accessible de s’adonner à son petit plaisir sans faire souffrir les bêtes. Attention, je ne dis pas que c’est une solution parfaite, mais dans le cadre de notre profil, leur utilisation est compréhensible.

Enfin, on peut utiliser du coton. On trouve facilement des pelotes 100 % coton bon marché, de quoi tricoter sans trop culpabiliser. Un produit biodégradable (contrairement aux fibres synthétiques) et sans souffrance animale, un must quand notre budget fond.

- "Je ne veux utiliser que des fibres végétales, c’est ma seule exigence !" <- nous avons donc évoqué le coton, mais il existe bien d’autres fibres végétales ! Au nombre des fibres les plus courantes, on peut compter le chanvre, le lin (Pur, comme ici) ou le bambou, souvent mélangés dans des proportions variables (Comme la Linda de Woll Butt ou la Linen de Katia, le fil Phil Thalassa de Phildar, coton – Lyocell – algues, ou encore le fil Ambre de Cheval Blanc, bambou-coton ). N’oublions pas des fibres plus exotiques, comme la fibre de banane ou de soja. Les possibilités sont presque infinies !
Tout cela est bien beau, et on a presque l’impression qu’on peut facilement trouver des produits parfaitement écofriendly -parce que- végétaux. Mais hélas, c’est un peu plus compliqué que ça…

- "Je veux des produits 100% végétaux et parfaitement écofriendly." <- Et voici maintenant le profil le plus complexe. Pourquoi ? On va éviter certes les fibres animales et synthétiques (ces dernières présentent dans beaucoup de fils végétaux pour ajouter, par exemple, de l’élasticité), mais également être regardant sur les fibres végétales classiques. En effet, la culture du coton, par exemple, est extrêmement polluante, et consommatrice d’eau. La viscose du bambou est réputée pour être produite à l’aide de produits très polluants, et les fibres issues du soja ou du maïs viennent souvent de restes des cultures OGM. Mais alors, me direz-vous, que reste-t-il à la fin ? Le champ des possibilités est certes devenu un jardinet, mais tout n’est pas perdu. Tout d’abord, parce qu’on peut faire très attention et choisir des fibres effectivement bio parmi celles déjà citées (Le coton bio est maintenant assez simple à se procurer, comme le Coton Nat de Fonty, de fabrication française, ou même chez Bergere de France avec leur Cotons Nature Roc).
Le lin et le chanvre sont, quant à eux, des plantes faciles à cultiver dans un environnement comme le nôtre, et ont un faible impact écologique. De plus, grâce à une production locale, on limite aussi la pollution due au transport (Voir la laine bio "chanvre et coton" de chez Création Mohair, ou leur lin français). D’autres fibres, comme la banane, peuvent être fabriquées en limitant leur impact écologique Plus original, l’ortie se tricote, elle aussi. Et n’imaginez pas que "ces écolos sont prêts à inventer n’importe quoi" : au Moyen-âge en France (et bien longtemps avant, ailleurs), on filait déjà l’ortie. Enfin, le Lyocell est réputé réutiliser 98 % des produits (essentiellement non-toxiques) utilisés lors de sa fabrication, minimisant au maximum son impact écologique.
Le confort de ces différentes fibres est, cependant, difficile à estimer. Certains fils sont proches de la cordelette, surtout en cas d’utilisation de la fibre pure, d’autres travaillés pour être utilisés en vêtements. Il faut voir au cas par cas, selon l’utilisation souhaitée. De plus, certaines matières (notamment le chanvre et le lin) sont réputées offrir une bonne isolation, et donc un très bon confort thermique en hiver.

En résumé : quelle laine acheter ? Faut-il se vêtir uniquement de lin ? Le but de cet article n’est pas de culpabiliser et/ou reprocher l’utilisation de différents types de fils (bon, ok, à part peut-être le vison… Désolée, il y a des limites). J’ai tenté ici de proposer à chacun, selon ses codes moraux et ses moyens, des matières/fibres qui lui correspondent, et ce, sans jugement. Je trouvais simplement important de montrer que, selon notre "profil", on trouvera toujours quelque chose à tricoter, même quand on est particulièrement exigeant ! Hélas, certaines personnes ne savent tout simplement pas qu’il y a tant de possibilités, et refusent de s’intéresser au tricot par refus d’exploiter les animaux. J’espère que vous êtes maintenant convaincus que c’est un loisir qui peut être tout à fait respectueux de leurs vies, et également de l’environnement. J’espère que vous oserez maintenant vous lancer !


Bienvenue dans notre nouvel épisode des « petites oppressions quotidiennes ». Aujourd’hui, parlons un peu des geeks et autres nerds (« ho non ») mais pas trop de sexisme (« ah, ouf. »). Souvenez-vous, si vous tournez gentiment autour de la trentaine, comment on représentait les nerds dans les années 80-90 (avant que l’on commence à deviser de « cékoiungeek et cékoiunnerd ») ici ou là. Pas tellement glamour, ni très valorisant. Les groupes de geeks étaient, en effet, vus comme des gens (hommes blancs…) « bizarres », qui ne faisaient aucun effort pour entrer dans la norme et/ou ne pouvaient pas malgré leurs efforts. La culture dominante étant toujours celle de la facilité, avoir des centres d’intérêt perçus comme « trop intellectuels » est bien souvent marginalisant.

On comprend alors que le pas entre « non-conforme à la normalité » et « inadapté social » était aisé à franchir. En effet, si tu (toujours en tant qu’homme cis blanc, j’y reviendrais) ne fais aucun effort pour participer à la culture viriliste environnante, c’est -forcément- que quelque chose cloche chez toi. D’autre part, en ajoutant à ce « problème » une inculture vis-à-vis des handicaps tels que l’autisme, ou le syndrome d’Asperger, le mélange était rapide à faire : le geek est devenu dans l’imagerie populaire cette personne très douée en math et/ou science et/ou informatique, au comportement social constamment inapproprié, et donc isolé (tout ça en invisibilisant de nombreuses personnes victime de handicap au passage, tant qu’à faire). Qu’importe que, de tout temps, les personnes aux loisirs proches se soient regroupées, donc ont toujours eu une vie sociale (du moins dans des communautés assez importantes, dans un collège de 300 personnes, c’est parfois plus délicat). Pour résumer : tu ne fais pas de foot avec les potes le dimanche, tu n’as pas de vie sociale. Si ta vie sociale ne correspond pas à ma vision d’une vie sociale saine, elle n’existe tout simplement pas. Pourtant, il faut bel et bien connaître du monde pour organiser une partie de D&D !

Résultante de toute discrimination : l’opprimé se rebelle. Dans le cas des nerds, la colère se manifeste par un élitisme culturel/intellectuel, excluant les personnes moins chanceuses/instruites (vues souvent comme les oppresseurs), et par l’appropriation des stigmates qu’on leur a longtemps attribués. C’est ainsi que la fierté de la phobie sociale, entre autres, se développe (ainsi que le mépris de classe). Mais si, vous avez forcément entendu « j’suis trop un-e no-life, j’ai passé la nuit sur WoW ». Le problème, c’est que l’appropriation de stigmates au sein d’un groupe social privilégié (j’y reviendrais) ne donne pas forcément lieu à une analyse sociale, et il faut être en dehors (dans un autre groupe social) pour le remarquer. Et si une féministe lançant un « t’as raison, je suis une mal-baisée » va clairement s’inscrire dans une logique de second degré, la personne qui évoque son « no-lifisme » peut l’évoquer très serieusement, d’une part, et tout à fait fière d’autre part. Hélas, c’est aussi en partie là que la culture sexiste trouve ses racines (à être traités de « sous-hommes » ou de « gays », la réaction est parfois l’affirmation absurde de sa virilité virilement virile…).

Pourquoi avoir dit que les geeks font partie d’un groupe social privilégié, alors que je parlais de leur oppression juste avant ? Si on revient sur l’image traditionnelle des nerds, on remarque le plus souvent : des hommes blancs, cis, hétéro (même si un cliché de solitude sentimentale leur colle aussi à la peau), et de classe au minimum moyenne aisée. Cette définition est précisément celle de la catégorie de personnes située tout en haut de l’échelle sociale, celle qui ne se définit tout simplement -pas- en règle générale. C’est pour cela que, lorsque qu’on parle d’oppressions avec des personnes se définissant « geeks », elles réagissent souvent mal et refusent d’admettre leurs privilèges : elles aussi ont souffert, parce qu’à l’école les gens étaient méchants avec eux ! Certes, c’est fort probable. Mais il faut bien comprendre que les privilèges sociaux n’ont rien à voir avec la souffrance individuelle (j’ai d’ailleurs idée que c’est le choc de découvrir que tout n’est pas rose malgré cette appartenance qui traumatise de nombreuses personnes…), et nier les autres oppressions sur la base de notre souffrance est dangereux. On ne le dit jamais assez, mais souffrir n’empêche pas d’opprimer (Les gays misogynes, ou même homophobes, existent bien. Les oppressions intégrées ne sont pas un mythe). De plus, être opprimé pour ses choix de loisirs est très facilement contournable (bien que non-souhaitable, on est d’accord). Si vous ne souhaitez pas être vu comme « geek », il suffit de n’en rien dire. Mais ce qui est le plus parlant quant au privilège social des geeks, c’est précisément ce mot. Ce mot qui est la seule définition particulière de ces personnes. Ainsi, pour la société, une femme est -avant tout- femme, une lesbienne sera une lesbienne, etc… Bien entendu, les catégories sociales sont cumulables, telle une tour de Jenga (comme une lesbienne Noire, par exemple, cumulera les oppressions liées à ses deux « spécificités », spécificité dans le sens « hors de la norme socialement définie »)(Et oui, une autre parenthèse pour évoquer Navo et son héros « normal », « normal » étant un homme blanc cis hétéro. Parlant.) Bref, la définition nerd/geek comme classe « opprimée » est une définition de dernier recours lorsque toutes les autres catégories ne s’appliquent pas. Attention, je n’explique pas ça pour faire un concours de « moi, j’ai la plus grosse oppression ». Certains ont vraiment beaucoup souffert de leur différence, et ont pu être harcelés (parfois violemment, phénomène du mouton noir) (je vous envoie sur Google pour apprendre ce qu’est l’ijime et comme ce schéma est récurrent). Ce que je dis, c’est qu’il s’est développée une fierté particulière autour de l’identité geek, autour même des mots « geek » et « nerd », au départ par révolte, et ensuite en excluant les autres, ceux qui appartiennent à d’autres catégories sociales et ne peuvent donc être des « vrais geeks » à cause de leurs autres préoccupations (sans hélas comprendre que se consacrer à 100% à la « souffrance geek » est déjà un énorme privilège en soi).

Cette fierté a encore étrangement cours, peut-être plus que jamais, alors que les geeks d’hier (surtout les mordus d’informatique) sont la norme d’aujourd’hui. En effet, l’évolution des technologies et leur intégration dans la vie quotidienne a rendu les geeks incontournables, et même désirables (on ne compte plus les articles sur la sexitude des geeks et le fait que c’est ce que désire une femme moderne) (oui, dans cet ordre, nous vivons après tout à hétéropatriarchie-land). Quand le top de la réussite sociale est représenté par Tony Stark, il devient difficile de justifier d’une stigmatisation particulière. Mais pour des raisons de passif ou d’expérience, les choses n’ont pas tellement bougées sur ce point, et peu de personnes se rendent compte du poids/de la grande présence de leur parole, sur Internet par exemple.

Pour faire le lien (oui, je me suis un peu perdue en cours de route…) avec le thème de base de l’article, quand on me parle très sérieusement de phobie sociale alors qu’on a un groupe d’amis tout à fait normal et soudé, j’ai comme une envie de parler de validisme. Même si tout le monde n’admet pas l’existence de la phobie sociale, il faut bien admettre que le « profil » existe : peur extrême du jugement et d’être détesté, qui conduit à s’isoler et/ou ne plus rien faire qui pourrait nous exposer au dit-jugement. Chacun vit son anxiété différemment, mais je vais évoquer mon cas…

Suite à différents événements survenus durant mon enfance/adolescence, j’ai développé un SPT à multiples « couches ». Sans entrer dans tous les détails (Wikipedia est votre ami), on retrouve dans les symptômes l’évitement affectif, qui est, en gros, la construction d’un bunker autour de ses sentiments pour éviter d’être émotionnellement touché, et conduit assez naturellement à l’isolement social. Pendant longtemps, je n’ai pas eu le choix et supporté la souffrance de la vie en groupe (pendant la scolarité, par exemple…), mais j’ai tout fait pour pouvoir y échapper. Le problème, c’est que si certains points particuliers de mon comportement s’améliorent en vieillissant, d’autres se sont nettement dégradés. Ainsi, si je pense avoir moins de réactions « bizarres » face à des gens, la peur du jugement s’est faite de plus en plus présente au fil des années, sans que je ne m’en rende compte, et est passée du refus de jouer en groupe dans un MMO à la peur de parler à toute personne inconnue (peur de ne pas être comprise, et si j’ai un peu d’estime pour cette personne, peur d’être ridicule/detestée…). C’est en partie en réaction à ce phénomène que j’ai ouvert un compte Twitter à l’époque, pour me forcer un peu à communiquer. Bien entendu, je ne l’ai pas mis en avant parce que c’était déjà très confus pour moi, mais j’ai rapidement abandonné : trop d’anxiété. Je lis donc le plus souvent en silence, et mes envies d’intervenir tombent très vite à l’eau (je passe tellement de temps à trouver « la » bonne phrase que j’ai peur qu’il soit bien trop tard au moment de parler, par exemple). Vu comme ça, ça peut sembler risible. Mais j’ai de moins en moins d’amis au fil du temps, en partie parce que je ne sais plus interagir avec eux, en partie parce que je ne suis sans doute pas assez « intéressante » ou normale pour eux (je ne suis pas le genre d’amie pour qui on bouscule son emploi du temps si elle a besoin de parler, par exemple, en grande partie parce que je suis incapable d’exprimer mes besoins), et la moindre micro-interaction avec un-e inconnu-e provoque une vague de stress. Et par « stress », il faut plutôt entendre « panique ». Si c’est difficile à expliquer, ça l’est encore plus à vivre. Alors là, sur mon blog, je parle beaucoup (bien que rarement). Mais c’est très simple à expliquer : il n’y a pas de confrontation/dialogue direct. Si quelqu’un avait envie de réagir à un article, il lui faudrait me mailer/poster un commentaire, que je pourrais lire au calme, puis répondre, etc… Sans instantanéité, c’est beaucoup plus facile à gérer émotionnellement (même si chaque post me semble, après coup, totalement stupide/lamentable, et que je me fais violence pour le laisser en ligne…). Enfin là encore, quand je dis facile ça implique aussi des nuits blanches d’appréhension : est-ce que je n’ai pas trop dit n’importe quoi ? Et comment vont-ils comprendre ce passage ? Est-ce que c’est assez clair ? Sans oublier les multiples révisions. Au moment où j’écris ce passage, l’article en est déjà au moins à sa 12ème.

Bref, pour moi, « no-life » n’est pas une blague. Être physiquement ou émotionnellement seule n’est pas une fierté, c’est une souffrance. Voir des gens parfaitement équilibrés et socialement à l’aise parler en plaisantant de leur « absence de vie » est une baffe. Si eux n’ont « pas de vie », il me reste quoi ? J’aimerais vraiment ne pas me poser toutes ces questions, échanger naturellement avec les autres, mais je ne peux juste -pas-. Et croire que c’est une question de volonté, c’est également du validisme. Se forcer à souffrir pour « s’habituer » c’est du masochisme, en général il est plus naturel d’éviter la source de ladite souffrance. De plus, on peut passer une vie à souffrir sans jamais s’habituer.

Autre conséquence de l’appropriation de l’inadaptation sociale par les geeks, la plus vicieuse, c’est l’invisibilisation des véritables victimes. Les mots ont une importance, et leur définition évolue en fonction du contexte social. Une personne qui s’approprie haut et fort une maladie/un handicap en devient un représentant et peut participer à un glissement sémantique du terme. Lorsqu’il le fait « pour la blague » ou « parce que j’aime pas tellement bien beaucoup les gens », c’est toutes les personnes incapacités qui perdent leur droit de parole. Il est déjà difficile de faire entendre sa voix (surtout avec ce type de problème…), alors quand tout l’espace est occupé par des personnes qui n’ont pour préoccupation que la revendication d’un cliché pour justifier leur appartenance à un groupe social, nous n’existons tout simplement plus aux yeux du monde.

Alors oui, j’entends bien, la question de la revendication « no-life » déborde des « vrais » groupes de geeks. Mais, hé, si c’est devenu cool de se revendiquer geek, et donc no-life, c’est bien qu’il y a une raison. Comme par exemple, le fait d’ériger la culture geek comme un incontournable de coolitude.

J’espère que ce post ne sera pas compris comme une dénonciation de « fake geek » ou autre. J’insiste bien sur le simple fait que revendiquer une incapacité lorsqu’on ne la connait pas, par contre, c’est du validisme. On peut tout à fait être geek ET phobique. Seulement, la phobie sociale ne fait pas partie du package par défaut, donc il faut penser aux gens qui en souffrent vraiment avant de se l’approprier (fonctionne aussi avec l’autisme, la schizophrénie, et toute autre maladie/condition…).

PS : j’ai conscience que ce post est brouillon, mais le sujet évoqué est très sensible, et j’ai du mal à en parler correctement. Désolée, le prochain sera meilleur.