Ça commence un peu comme une histoire drôle. « C’est deux types qui vont à la piscine ».

Ces deux types, deux vieux blancs bien comme il faut, vont à la piscine de l’établissement de convalescence dans lequel ils séjournent. Les séances ne sont pas privées, sans doute faute de moyens de la part de l’établissement en question.

Donc. Ils vont à la piscine, et voient une femme d’une cinquantaine d’années. Ils la connaissent, elle est toujours discrète, effacée même. L’un des deux dit « Hé, regarde, une baleine dans la piscine ! » L’autre répond « Quand elle est sur le dos, on voit que ses nichons ! ». C’est si drôle, vraiment. C’est important, le droit à l’humour, partout, tout le temps. Le 1er amendement du connard.

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C’est une femme qui est en dépression, et séjourne dans un établissement de convalescence pour se reposer un peu, réfléchir au calme, loin de sa vie quotidienne difficile. Sans entrer dans trop de détails, disons qu’elle a été abusée sexuellement étant petite, entre 3 et 8 ans. Suite à cela, elle a développé des TCA (anorexie, en l’occurrence), et est restée très maigre longtemps. Dans son village, elle est « la folle », mais elle ne l’est pas du tout, folle. Elle est forte, au contraire, pour  s’occuper de ses enfants, dont un légèrement handicapé mental, sans argent ou si peu, trop peu. Seulement, elle a des difficultés à affronter les Autres. Alors elle tente de se ressourcer, et elle a constaté que la piscine lui faisait un bien fou, elle en revient toujours détendue et… En paix.

Ce jour-là, pourtant, elle entend « Hé, regarde, on dirait une baleine ». Elle a réussi à grossir, à sortir plus ou moins de sa maladie, et au lieu d’être fière d’elle, elle a honte, et commence à angoisser. « Quand elle est sur le dos, on voit que ses nichons ! ». Quel est donc le problème des hommes avec le corps des femmes ?

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C’est ma mère au téléphone qui me raconte tout ça, et essaye d’en rire en disant « des fois, j’ai envie d’écrire un bouquin, si tu savais ce que je vois ! ». Mais sa voix tremble, elle est furieuse. Quand elle me raconte que cette femme, dont elle connait le passé, lui a dit soudainement « Je ne veux plus aller à la piscine… », et qu’elle est restée perplexe. « Pourquoi, alors que vous m’aviez dit que cela vous faisait du bien ? » Elle a raconté, et ma mère a explosé.

Elle lui a dit de ne pas se laisser intimider, de montrer à quel point elle est forte et ne se laissera pas gâcher son plaisir à cause de deux vieux salauds. Tout en sachant que ça n’est pas si simple, et qu’elle va de ce pas aller les trouver pour leur expliquer que certaines choses ne se font pas, et tenter de rompre un peu leur sentiment d’impunité. Elle me dit que, finalement, cette femme a changé d’avis et lui a dit « D’accord, vous avez raison, j’irais pour vous. » « Tu te rends compte », me dit-elle, « je ne peux pas la contrarier maintenant, mais j’aimerais qu’elle le fasse pour elle, pas pour moi ».

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C’est moi qui dit à ma mère que peu importe la motivation de départ, l’important c’est qu’elle parvienne finalement à surmonter cette épreuve, et que peut-être qu’elle a besoin de savoir que quelqu’un, quelque part, la soutient. Tout simplement.

Et je pense, encore, à la violence verbale. La violence “naïve” du Mâle qui impose ses saletés aux femmes comme si c’était l’ordre naturel des choses, qui est incapable de shuter the fuck up quand il pense des horreurs, insensible aux dégâts qu’elles peuvent provoquer. Si on ne contrôle pas une pensée, on contrôle les mots qui sortent de notre bouche. On a le choix, à un moment, de laisser sortir son vomi verbal ou de le garder pour soi, là où il ne fera de mal à personne. Mais il faut bien rigoler, après tout. Et puis “on ne pouvait pas savoir”. Forcément.



(Il vous plait ? On peut même l’acheter ici !)

J’ai un peu cherché sur le net des articles sur la prise en charge des douleurs spécifiques à la population munie d’un utérus*, et j’ai pas trouvé grand chose. Enfin si, des remèdes de grands-mères pour soulager les douleurs menstruelles. Chouette. Si vous qui me lisez avez des sources d’études/articles, ça m’intéresse parce qu’en l’état, j’ai l’impression que c’est considéré comme étant un non-problème. Après tout, t’as mal ? Tu prends un efferaltruc ou un dafalchose et ça ira mieux. Je n’ai à ce jour (et je me fais vieille) trouvé aucune solution à mes douleurs chroniques perpétuelles. Résumé de l’histoire.

Ah, mon utérus et moi, c’est une longue histoire d’amour et de haine. Quoique, oublions l’amour. Tout a commencé il y a bien longtemps… *fondu flou sur une image de moi-grande vers moi-petite* Je me souviens de peu de choses de la fantastique époque "chimio". Tout est un peu lointain (j’avais cinq ans, aussi…), mais j’ai deux souvenirs assez nets : un médecin qui me dit que si on ne m’opère pas je vais mourir (le tact. On ne dit pas ça comme ça à une gosse de cinq ans, imho. Les traces sont encore là.), et un autre qui dit à ma mère que je ne pourrai probablement jamais faire d’enfants. Précisons que, quoi qu’il en soit, les conséquences de l’opération m’empêchaient déjà de mener une grossesse à terme sans très gros risques pour ma vie, donc pourquoi le préciser ? Je crois que ma mère n’a pas su quoi répondre, dans mes souvenirs ça donne un genre de "oui… Et ?", exprimant qu’elle s’en tamponnait l’oreille avec une espadrille et que c’était pas vraiment un problème capital au point de me laisser mourir sans soins. M’voyez. Mais donc, ce médecin a tenu à le préciser. Je n’allais pas pouvoir remplir mon rôle d’utérus sur pattes, je n’allais pas donner de petits soldats à la mère patrie ! Si jeune, et on me renvoyait déjà à mon état de reproductrice.

Cette information était de plus quelque peu erronée. Bien que très très improbable, j’ai découvert sur le tard que je pouvais bel et bien concevoir. C’est en partie à cause de ce médecin et en partie suite à un nombre d’"accidents" de plus en plus important que j’ai acquis la conviction que oui, j’étais stérile. Mais passons, le but de la "démonstration" était de montrer à quel point la fonction de reproduction des femmes est souvent centrale au point d’en être absurde. Je comprends qu’on évoque les risques et les conséquences après des traitements lourds, mais ça m’est resté en travers de la gorge après toutes ces années. Peut-être parce que c’est le -seul- effet secondaire dont on ait parlé en ma présence. Conséquemment au fait que, que comme pour le "tu pourrais mourir", on imaginait probablement que j’étais trop jeune pour comprendre. Si on pouvait arrêter de prendre les enfants pour des quiches, ça serait pas mal.

En grandissant, j’ai appris à vivre avec quelques douleurs régulières, mais seule l’une d’entres elles a pris une telle place dans ma vie quotidienne. Je ne savais pas très bien pourquoi j’avais toujours mal au ventre, sur le côté droit (fragilisé), des sortes de brulures étranges. Le médecin de famille n’a jamais rien trouvé, a évoqué des douleurs musculaires, bref tout allait bien (et je faisais certainement du cinéma pour pas aller à l’école. J’avais évoqué l’appendicite après tout, donc comme ça n’était pas cela et qu’il ne trouvait rien, je mentais certainement.) Détail "amusant", ces douleurs me rendaient complètement névrosée, j’imaginais le retour du méchant cancer qui se développait dans l’ombre et allait me tuer pour de bon. Je n’en parlais à personne, mais j’ai trainé ça toute mon adolescence. Les douleurs quasi-quotidiennes incomprises avec lesquelles je vivais me semblaient un avertissement constant de ma mort prochaine. J’aurais vraiment, mais vraiment, aimé qu’on me dise "mais arrête d’avoir peur, en fait c’est juste ton utérus qui fait de la merde". Sauf que mes douleurs n’étaient pas vraiment prises au sérieux, j’étais seule avec ça, et je devais faire avec. Dire qu’on me fait encore des remarques sur ma nature "anxieuse". Ben tiens, c’est vrai que c’est assez étonnant d’être anxieuse après tout ça, décidément.

C’est seule, avec les années, que j’ai fait le lien. Parce que ces douleurs devenaient (pourquoi je parle au passé, en fait ?) quasi-intolérables en périodes de règles, et quelque fois à d’autres moments (depuis, je sais aussi que ça correspond à ma période d’ovulation. Tout cela toute seule, sans l’aide d’un seul membre du corps médical pour me l’expliquer. Merci à moi.). Mon gynécologue a, quand à lui, trouvé l’explication à propos de la localisation spécifique de la douleur : mon utérus a dévié, il est "tordu" à droite. Double dose de bonheur. Pour résumer, je fais donc partie de ces femmes qui vivent -quotidiennement- (oui oui, ça veut bien dire "chaque putain de journée de merde depuis 15 ans") des douleurs liées à l’appareil reproducteur. Et je ne parle pas du SPM très amusant qui accompagne tout ça : douleurs articulaires aléatoires, déprime totale avec sensation d’être une merde/pleurs devant n’importe quel film possédant un animal mignon, et surtout, surtout, les migraines. Accompagnées. D’une violence qui peuvent parfois me faire pleurer. J’apprends à les prévenir et à diminuer leur intensité avec le temps (seule, toujours, ce que me proposent les médecins étant toujours un "traitement de fond" qui ne traite bien entendu rien du tout), mais en cas de très grosse crise, seule la codéine me calme. Et trouver de la codéine, c’est pas facile, d’autant que parfois ça augmente l’aspect "accompagné" (comprendre : les nausées). Reste le tramadol, offert une fois par une bonne âme qui avait pitié, qui a calmé la douleur sans poser d’autre problème. Bien entendu, pour ça il faut des ordonnances. Donc convaincre un médecin de me donner une boite. Est-il utile d’expliquer la réticence qu’on rencontre dans ce cas ? Demander un anti-douleur = être une junkie. Déjà que j’ai envie de dire "quand bien même, qu’est-ce que ça pourrait foutre", mais surtout ma consommation d’anti-douleur est très faible tellement je suis habituée à avoir mal. Au pire des cas, j’en suis à prendre deux cachets dans le mois (mais encore une fois, je gère de mieux en mieux les migraines donc les crises en justifiant la prise sont de plus en plus rares).

Je me sens aujourd’hui un peu déprimée. Parce que j’ai mes règles, et mal au ventre, et mal à la tête, et que j’ai l’impression qu’on me laisse sur le carreau parce que je n’ai pas une douleur assez "justifiée". C’est ça d’être une femme, démerde-toi ! Je me demande pourquoi je n’ai pas le droit d’avoir de quoi simplement soulager ma douleur, sans partir dans des traitements inutiles et lourds, ou sans devoir faire du charme à un médecin compatissant ("deux cachets pour pas crever, à vot’bon coeur"). Peut-être que je me trompe, mais j’ai vraiment chaque jour l’impression qu’on "oublie" de prendre en compte les douleurs spécifiques comme celles-là, limite on peut même en plaisanter sans risques ("ahah les femmes pendant leurs règles, ahah" BEN OUI CONNARD ON ECHANGE QUAND TU VEUX), et s’en plaindre c’est faire preuve de faiblesse. Comprenez-vous, ce ne sont pas des douleurs causées par une maladie ou un traumatisme. Ça ne se soigne pas. Ces douleurs n’ont donc aucune valeur, elles existent à peine. Et si tu dois être pliée en deux au dessus de la cuvette de tes chiottes en chialant de douleur, ben c’est dommage mais c’est aussi ça, la beauté de la féminité. A part ça, il ne faut pas être en colère, non, il ne faut pas avoir la rage et surtout faire confiance aux médecins. Si j’étais pas aussi mal, je pourrais me tordre de rire.

#La bonne humeur.

*femmes-cis et homme-trans.


Non. Que ce soit dit une bonne fois pour toutes : non. Il y a des sujets sur lesquels le "débat" ne devrait pas exister. En ce qui me concerne, je n’emploie plus ce mot que rarement : j’explique, je partage, je fais de la pédagogie. Mais je ne "débats" pas lorsque on parle de vies humaines.

C’est tellement hype de débattre aussi, tu vois. On se sent tellement adulte quand on confronte des idées, quand on expose des points de vues, quand on discute de sujets qui ne nous touchent pas directement (et deviennent de facto "sans importance") en se vautrant dans le plus pur onanisme intellectuel. On m’a longtemps reproché ma colère comme étant "immature". La maturité, selon certains, c’est donc de se foutre de tout, de n’avoir aucune conscience politique, de vomir ses privilèges au visage de ceux qui tentent de lutter contre l’obscurantisme et la haine.

Très bien. Faites donc, et choisissez ainsi votre camp.

Je ne voulais pas revenir sur l’actu, avec ce jeune militant antifa décédé hier, mais hélas cet événement n’est que l’aboutissement d’un processus démarré il y a quelques temps déjà (oserais-je dire "sous Sarkozy" ? Serait-ce mon âge qui m’empêche de voir ce qu’il y avait avant cela ? Possible). La désignation de boucs émissaires pour faire oublier la crise (d’ailleurs le terme "crise" me semble inadapté, on parle plutôt d’un système…) n’est pas une idée nouvelle mais fonctionne toujours aussi bien : les roms, les étrangers… Et le résultat, connu avec certitude depuis un demi-siècle (bien gras), est toujours le même : une "droitisation" de la population. Ou, du moins, sa décomplexion : on se sent enfin libre d’envoyer bouler le fatigant politiquement correct, et on laisse libre court à nos pires idées réactionnaires. Ainsi s’étale au grand jour la haine de l’"Autre".

Et se forment les petits ruisseaux de haine. Des remarques sur les étrangers. *floc*. Sur les assistés *floc* et autres bouffeurs d’allocs *floc*. Il faut croire que mon arrière grand-papy résistant, enfermé deux fois en camps pour ses idées, m’a laissé un plus gros héritage que je ne l’imaginais. Quelque chose bouge, je commence à gueuler contre ce que je vois, mais bien entendu je vois le mal partout. *floc*

Arrive le jour où, dans un tel climat, le féminisme n’est plus une option et devient ma manière de lutter contre l’obscurantisme galopant, mais plus que jamais le choc est violent : le féminisme, on aime pas bien ça nous autres. On aime que les femmes restent à leur place, et on ne voit pas "le problème". *floc* Les mouvements masculinistes (équivalent franchouillard des MRA) s’installent dans le paysage médiatique, et avec eux l’idée qu’il est plus que jamais acceptable d’être réactionnaire.

Lorsque la "manif pour tous" commence à se faire entendre, qu’on remarque qu’on est tombé dans l’horreur homophobe la plus absolue, les gens manifestent leur inquiétude. Une fois encore, on voit le mal partout, nous les petits militants, parce qu’on a le nez dedans mais vu de dehors "ça va". *floc* *floc* *floc* Jusquaux premiers incidents.

A ce moment là, tout le monde est conscient que les groupes d’extrême-droite ont le champ libre. On sait qu’il va y avoir des morts, c’est une question de temps. Chaque jour, je regarde les news avec un peu d’inquiétude, et chaque fois le même soulagement : "ouf, aujourd’hui ça va". Puis le barrage cède, drainant avec lui toute cette boue qui suintait depuis trop longtemps. Un jeune homme, militant antifa, est tué par des boneheads. J’aimerais parler de tragique accident, parce que je pense que le but n’était certes pas de tuer. Mais quelle importance ont les nuances quand ce décès est prévisible, quand ces monstres de haine ont de toute façon voulu faire du mal physiquement. Ça n’est pas un accident, ça n’est pas un drame isolé, et ça n’est pas, le comble, la faute des jeux vidéo.

Voilà pourquoi le débat est impossible. Si vous êtes raciste, homophobe, antiféministe, très honnêtement, je refuse d’entrer dans votre jeu. Ce ne sont pas des opinons acceptables. Quand à la liberté d’expression… Oui, c’est bien joli, mais il se trouve que personne n’envisage de la brider, simplement d’en rappeler à la responsabilité individuelle : les mots ont des conséquences. Les mots changent le monde, et peuvent laisser, comme ici, une voie royale aux idées extrêmes. Pour des êtres si supérieurs aux animaux que l’on dénigre volontiers, nous accordons bien peu d’importance à la seule différence notable entre eux et nous.

Je ne fais pas partie d’une asso mais je milite à mon petit niveau, sur différents sujets qui sont pourtant issus d’un tronc commun : la souffrance d’autrui, et l’égalité pour tous. Je ne me suis jamais vraiment collée l’étiquette "antifa", parce que ça me semblait couler de source : nous devrions tous être antifa. C’est tellement fondamental chez moi que j’ai mis longtemps à accepter qu’il puisse en être autrement chez certaines personnes. Lorsque ce militant est mort hier, j’ai été vraiment secouée. Je ne vais pas jouer les hypocrites : je ne le connaissais pas, ça n’est pas sa mort à lui précisément qui me choque, je laisse ce deuil à sa famille. Ce qui me choque, en revanche, c’est ce que ce décès implique : la violence que s’autorisent ces groupes identitaires a été tolérée tout au long de ces longs mois. Les idées réactionnaires se sont largement propagées, sans honte. Maintenant, on fait quoi ?

"Comme chaque soir, Minus : tenter de conquérir le monde !". C’est un peu ça. Continuer à expliquer, encore et encore, non pas pour les cas désespérés qui barbotent dans leur rage aveugle, mais pour les autres, ceux qui hésitent, ceux qui s’éveillent, ceux qui ont soif de comprendre. Continuer de donner des pistes, d’expliquer que la haine n’est pas le seul chemin. On en perdra en route, mais peu importe : c’est grâce aux militants égalitaristes de tous poils que l’obscurantisme ne passera pas. C’est notre devoir de ne pas laisser toute la place aux mouvements violents, même quand on a l’impression que personne n’écoute. Je ne peux nier m’être radicalisée sous les camions de bêtise qui se déversent chaque jour, mais je fais de mon mieux pour que cette radicalisation soit utile : j’engage cette énergie dans ma propre instruction, et dans plus de partage. Je crois être du bon côté de la balance, j’essaye de faire le bien. On a tous un rôle à jouer, l’important c’est de bien le choisir.

« L’obscurantisme est revenu mais cette fois, nous avons affaire à des gens qui se recommandent de la raison. Face à cela, on ne peut pas se taire. » (Pierre Bourdieu, 1999)


(Trigger warning agressions sexuelles, homophobie, etc…)

Entrez, entrez messieurs-dames ! Aujourd’hui, chers amis, nous allons faire de la prestiji… Présiti… Présdiji… De la magie ! Saviez-vous que vous avez en votre possession, ou dans votre entourage proche, le remède à tous les maux de la Terre ?

Je vous sens sceptiques, mais laissez-moi m’expliquer. Imaginez plutôt un monde où tous les humains seraient libres et égaux, où l’amour régnerait partout, même à la boulangerie le mardi matin, où les discriminations en fonction du sexe, de la race, ou n’importe quoi d’autre, n’existeraient plus. Un monde pareil aurait tout du paradis… Vous aussi, vous en rêvez, et vous militez dans ce but afin de changer durablement les mentalités, je présume. Mais alors, quelle est donc cette solution miracle que je m’apprête à vous livrer gratuitement, sans contrepartie, ayant pour seule motivation l’amour de mon prochain ?

LE BON COUP DE BITE™ !

Comment avons-nous pu ne pas y penser plus tôt ? Alors que la solution était là, sous nos yeux, depuis des millénaires ? Le mystère reste entier. Sans doute n’étions nous pas prêt à recevoir cette illumination divine. Mais je me présente à vous, telle une prophétesse, pour vous vanter les vertus d’un bon coup de bite.

Il me semble normal de vous confier le cheminement intellectuel qui m’a permis d’accéder à cette révélation. Comme vous le savez, il m’arrive de naviguer sur le Grand Internet. J’ai ainsi découvert, ça et là, des indices qui, mis bout à bout, ont constitué un ensemble : la Vérité s’imposait finalement à moi. Mes yeux se sont ouverts, et tout est devenu limpide : je ne pouvais plus être féministe, ni même bi ! Le Bon Coup de Bite™ était tout ce dont j’avais besoin pour vivre une vie parfaitement épanouie, loin des questions politiques ou de société.

Vous êtes difficiles à convaincre, décidément. On trouve pourtant dans la littérature moderne de nombreux exemples clairs de l’utilisation du Bon Coup de Bite™ pour améliorer la condition féminine (Ici ou : nous constatons ainsi qu’il est l’un des piliers du bonheur féminin. De nombreux autres exemples existent, mais hélas je ne souhaite pas lier de sites pornographiques à ce blog. Etrange, d’ailleurs, que ce remède fabuleux soit cantonné à cette sous-culture de l’ombre ! Faut-il en conclure qu’on nous cache des choses ? Hashtag le complot). Mais attention, le Bon Coup de Bite™ est surtout utilisé pour résoudre des problèmes concrets et précis :
Pour faire disparaitre la "gaytude" chez les hommes. Si vous voyez là un paradoxe, c’est que vous n’êtes pas tout à fait prêt à vous faire illuminer.
– Mais également la "lesbitude" des femmes (en douceur ou non, la bite disposant quoi qu’il arrive d’un pouvoir dont l’étendue semble illimitée)
– N’oublions pas LE problème de notre siècle, le féminisme ! Ceci dit sans le moindre sexisme, bien entendu Le Bon Coup de Bite™ est totalement innocent, et offert dans un but thérapeutique ! (Autre exemple ici, en vous laissant faire une recherche dans la page)
– Certains problèmes plus modestes et proches de nous peuvent trouver là une solution simple et efficace, comme une virginité récalcitrante , une méchante migraine ou divers autres problèmes de la vie quotidienne.
- A l’échelle de l’univers (ça n’est tout de même pas rien), la menace de l’arme terrestre la plus puissante, affichée sur Mars, sert également à dissuader des aliens hostiles de venir nous envahir.

Il me semble indispensable, au vu de ces éléments, de constituer un comité de recherche dont le but serait de découvrir toutes les applications possibles de ce don du ciel. Le Bon Coup de Bite™ peut-il faire disparaitre la faim dans le monde ? Les trou de la sécu, de l’ozone, et, de manière générale, tous les types de trous ? Une application dans notre quotidien est-elle possible, par exemple pour déboucher les éviers ?

Je tiens à remercier solennellement tous ces hommes qui ont, de tout temps, gracieusement proposé leurs services pour résoudre les problèmes des femmes (en majorité), c’est grâce à vous si je me suis finalement éveillée à la Vérité. Pour vous manifester ma gratitude, je tiens à vous laisser un message qui me tient particulièrement à coeur. Et surtout, continuez à dispenser votre sagesse infinie sur la toile, vous êtes parfaits, ne changez rien.


Ok, les gens, j’ai fait une connerie. J’étais là sur mon petit compte Twitter, avec mes 85 followers, comme à la maison, tranquille. Et je tweete un truc que j’ai sur le coeur depuis la veille, en partie. Rien de bien original, un exemple de sexisme classique, vraiment. Les tweets en question :

Ça m’a écoeurée, cette histoire. Sans doute pas autant que la première concernée, mais quand même. Pourquoi devoir prouver qu’on est une fille ? Difficile de trouver une raison honnête et innocente à ça, mais je vais y revenir. On aurait pu taper sur les doigts du recruteur en lui expliquant ce qu’est le sexisme, pourquoi ça gâche la vie d’une bonne partie de la communauté, et qu’il est plus correct de garder ce genre d’idées pour soi (je ne suis pas naïve au point d’imaginer changer les gens en profondeur, je demande juste un minimum de respect, salope d’extrémiste va). Une histoire courte, dis-je. Mais le support Blizzard décide que ça ne les regarde pas (une remarque sexiste balancée IG, hein, je précise, on est pas dans le cadre d’un forum perso en plus), et qu’il suffit d’aller se chercher une autre guilde (sans rire ? QUI insisterait pour être intégré dans une guilde pareille ? Merci du conseil, Ô grand génie). Bref, la réponse à laquelle toute gameuse est habituée si elle a été confrontée au sexisme et a eu le courage (car c’est du courage qu’il faut) d’en référer aux autorités "compétentes". Etre une joueuse va de paire avec la recherche active et souvent vaine d’une guilde spécifiquement non sexiste, c’est encore un effort supplémentaire à fournir parce qu’on est une femme, mais qui semble hélas naturel quand on est pas touché par le problème ("t’es pas contente, va voir ailleurs, c’pas compliqué" On a vraiment affaire à des experts…). Attristée, déprimée, parce que c’est un exemple de plus, parce qu’en parler de change rien, parce que ça touche une personne proche (c’est pas joli à dire mais ça joue forcément), je râle. Sur Twitter. Sans penser que quelqu’un pourrait relever, ou à la limite qu’on va lire en soupirant, un peu comme moi, en se disant "encore…".

Shitstorm.

Pendant une heure je vais en prendre plein la tête, sans presque oser répondre. J’apprécie particulièrement le pseudo-pote qui attaque immédiatement en mode "en quoi c’est plus grave que" + exemple qui n’a rien à voir, me dit que je hiérarchise les discriminations parce que j’ai SEULEMENT osé évoquer le sexisme (quoi, tu fais pas une encyclopédie complètes des oppressions de l’antiquité à nos jours dans chaque tweet ? Han la fausse féministe !), parce que quand même, et la discrimination politique alors ? Oh oui, homme cis hétéro blanc non handicapé, VIENS ME PARLER DES OPPRESSIONS PUTAIN. Viens me dire que parler du sexisme c’est oublier les autres luttes. Viens me dire que quand même, et le pauvre mec discriminé parce qu’il est au FN alors ? Je ne dis pas que ça n’existe pas, à l’extreme rigueur (par contre d’un point de vue très personnel, ce qui arrive à un faf c’est le dernier de mes soucis. Et rien à voir avec mes engagements en général). Mais mettre cet exemple sur le même plan que les discriminations systématiques comme le sexisme, faut oser. Ce qui ne veut pas dire que toute discrimination n’est pas bonne à combattre, hein. Mais c’est toujours le même, vous savez, le type pas concerné qui a autant de culture militante qu’un chewing-gum collé sous une table qui vient t’expliquer comment t’es trop vilaine de pas penser aux autres (alors que lui est SI PLEIN D’EMPATHIE HEIN). Alors on va répéter, répéter encore et encore en quoi ça consiste, la convergence des luttes. On va répéter ce que c’est que la silenciation et surtout celle que je rencontre le plus souvent (Aussi connue sous le nom "y a 1000 fois pire que çaaa").

La vitesse de réaction est incroyable, évoquer le sexisme c’est s’exposer à une révolte immédiate et sans le moindre recul ni la moindre réflexion. C’est quoi le soucis, ça vous met mal à l’aise à ce point ? Ben imaginez quand on le vit, alors, c’est une expérience. Je pourrais dire que j’ai l’espoir qu’un jour peut-être ils comprendront qu’on peut évoquer un problème sans dire spécifiquement que c’est le pire du monde entier… Mais ça serait oublier que le but n’est pas de parler des oppressions dans leur ensemble mais juste de faire taire ces chieuses qui "voient le mal partout". Des chieuses qu’il faut étouffer à la moindre manifestation de colère, au moindre micro-exemple de sexisme ordinaire. C’était tellement "rien" (tellement noyé dans la masse, plutôt) que ça aurait pu passer inaperçu, cet exemple. Mais c’est pas aussi simple, meuf. Faut pas fâcher papa. Bien entendu, hors attaques et si on me demande des informations, je suis -toujours- prête à discuter. J’ai juste un peu de mal après une rocket dans la gueule.

Quelqu’un ayant eu la (bonne, à la base) idée d’exposer le problème directement auprès de Blizzard, je vais avoir droit ensuite à une super explication personnalisée de la part d’un lèche-cul officiel (les mvp, qui se sentent si spéciaux avec leur titre et leurs posts en vert qu’ils deviennent de parfaits petits soldats… Il est bon le nonos ? Tiens, bon exemple d’offense sans insulte, ça, "il est bon le nonos ?"), histoire de me faire comprendre que je suis meugnonne mais que gueuler, ça sert à rien (j’avais déjà remarqué, on se demande ce qui a pu me mettre sur la voie…). Tout va y passer : les critères de recrutement, c’est pas le problème de Blizzard (mauvaise pioche, c’est -pas- un critère de recrutement d’être une fille, juste qu’il faut le prouver si on déclare en être une), c’est pas évoqué dans la charte (quoi, une évoluquoi ? Evolution ? TU VEUX QUE JE FASSE UN AVC JEUNE FILLE ?), c’est pas de la diffamation (et comme une idiote j’ai pensé "discrimination" et répondu que refuser une fille qui ne veut pas se faire entendre sur Mumble c’en était. C’est ça de lire/répondre trop vite. Ahah, tout le mépris du monde dans ces réponses chargées de ":o)" après une manipulation réussie. Non c’est pas de la diffamation, c’est vrai. Et donc y a pas de problème AUTRE ? Ça n’existe pas ? De plus il était question d’insultes et d’offenses, à la base. L’offense, c’est pas à toi de dire si elle existe), si "tu estimes que" c’est de la discrimination on peut en discuter (comprendre : moi je vois pas le problème. Prouve qu’il existe. Comme toujours l’homme rationnel va décider ce qui est un problème ou non.) Bref, tout ça pour m’expliquer qu’on peut toujours relancer la réclamation, mais qu’il ne peut "rien garantir". No shit. Après m’avoir bien méprisée, et expliqué que le problème n’existait pas ? QUI prendrait le risque de se heurter de nouveau à un mur ? De plus, je parle pour moi en tant que non victime directe, mais l’idée n’est certainement pas de pendre le recruteur de cette guilde au milieu de la place publique, juste de dire non aux comportements sexistes. Ça me semble envisageable, une petite remarque en passant… Mais non, prendre le temps d’expliquer à ce recruteur que son comportement était inapproprié c’est pas possible, c’est pas dans la charte, on ne s’en mêle pas oulala, mais venir ME dire à MOI que le problème n’existe pas et que c’est pas leur problème, et me prendre de haut en passant, c’est normal ? Putain de sens des priorités, hein. Ça me donne envie de vomir. On trouve toujours le temps d’expliquer à une sale féministe qu’elle se trompe, mais pas celui de faire des choses constructives. Encore du temps bien investi à écoeurer les joueuses (ex-joueuse dans mon cas, on se demande pourquoi. Blizzard, tu ne me manques pas.)

Bref. Une heure, une heure trente plus tard, je reste sonnée. Par la volonté de certains à chercher les failles dans une dénonciation indiscutable de sexisme, par celle de ceux qui veulent montrer à quel point c’est pas si grave, mais aussi par l’avalanche de RT. Je suis pas habituée, je suis pas très lue, installée dans mon petit coin, je lis beaucoup plus que je ne participe (il faudra que je revienne là-dessus un jour), et voir cette petite anecdote qui doit arriver des dizaines de fois par jour m’échapper, aller jusqu’à des comptes US une fois traduite (parfois de façon un peu bancale), ça m’a laissée dans un drôle d’état. C’est ce que ça fait de voir que, malgré les nombreuses attaques, on est pas -vraiment- seule ? En fait, c’est assez cool. Ça donne un peu moins de poids aux remarques, juste assez pour alléger le coeur et penser qu’on en prend pas plein la tête pour rien.

Vu qu’on m’en a beaucoup parlé, je vais revenir sur le rôle de Blizzard dans cette histoire. Il semble que pour Blizzard, le sexisme n’existe pas. Le message date de 2011 mais visiblement, la politique est la même. On pourrait trouver ça logique : on condamne les insultes sexistes comme les autres, c’est très bien (le troll ne me semble pas correspondre au problème du sexisme) MAIS. Rares sont les remarques sexistes, même les plus violentes, à employer un vocabulaire spécifiquement vulgaire. L’exemple le plus commun, "va me faire un sandwich", montre une misogynie sans complexe mais n’est pas "insultante". Comment lutter contre cette violence spécifique quand on nous refuse les outils adaptés ? A priori, dur de savoir si on peut être entendue si on se plaint de cette remarque, si on va se heurter à un mur ("c’est pour rire") ou si c’est à la gueule du client. Dans le doute, on aura tendance à laisser couler pour éviter de s’infliger une double violence (l’attaque + la non réaction complaisante du support). Donc, le rôle de Blizzard ici est simple : condamner ouvertement les violences/remarques/discriminations sexistes (en l’incluant dans la fameuse charte qui semble gravée dans le marbre), et d’y répondre de la même manière qu’avec les propos racistes ou homophobes par exemple. Il est normal que Blizzard ne dicte pas (complètement, il y a bien des limites) leur conduite aux guildes, en leur laissant des libertés sur le recrutement. Mais quand un recruteur vient IG demander à une femme de -prouver- (le mot est très fort, et dit avec la plus grande désinvolture comme si c’était parfaitement naturel) qu’elle en est une, c’est bien une remarque/demande inappropriée et insultante qui devrait être condamnée.

Il y a aussi des gens qui ne comprennent pas, en toute "bonne foi", le problème de demander à une fille de prouver qu’elle en est une en l’obligeant à se faire entendre sur Mumble… Ça semble évident, je sais, mais je vais quand même insister un peu là-dessus : se présenter en tant que femme, c’est se prendre immédiatement les pires clichés sur la gueule, notamment le plus stupide : il n’y a pas de femmes sur Internet (depuis… ?). Il faut donc bien vérifier qu’on à pas affaire à Robert, 50 ans, pour pouvoir dragouiller/harceler/autre comportement lamentable sans tomber sur un homme (quelle autre raison peut-on trouver, franchement ?). La logique des choses voudrait qu’on demande à un futur membre de guilde si il est compétent (par exemple via les hauts-faits, même si je n’en pense pas grand bien, ou les stats, l’arbre de talents, l’expérience dans une ancienne guilde, etc…). Qu’on ait envie de vérifier cela peut se comprendre, si on vise le haut-niveau, même si c’est pas mon délire. Je peux aussi comprendre qu’on ait pas envie de jouer avec des personnes trop jeunes si on a un groupe soudé plus âgé qui risquerait de heurter de chastes oreilles par des conversations du genre "classées 18+" (même si c’est un problème complexe, celui de l’âge). Mais à part ça, qu’on soit un homme, une femme, ou une loutre de mer, quelle importance ? Ce qui indique un comportement sexiste, c’est bien que cette différence ait de l’importance. De plus, devoir "prouver" qu’on est une femme, le choix spécifique de ce mot, semble indiquer que les femmes ont des avantages particuliers du fait de leur sexe. C’est une manière de penser très intéressante : en quoi ? Une plongée rapide dans l’histoire des femmes ne risque pas d’apporter de réponse à cette question, bien au contraire. Les quelques "avantages" auquel on a pu me donner droit on toujours été soumis à contrepartie (pas forcément explicitement, mais vous voyez l’idée). Il faut être particulièrement crétin pour croire que ce qu’on est prêt à faire pour une femme dans le but (avec l’espoir, plutôt) de coucher avec constitue, pour elle, un avantage. C’est au mieux une attention non sollicitée et potentiellement très gênante. C’est la même problématique que dans le harcèlement de rue : on va entendre "c’est pas méchant, ils tentent leur chance", mais dans les faits c’est bel et bien du harcèlement, et c’est tout sauf agréable. Bref, quelle que soit la manière dont on retourne le problème, on en arrive toujours à cette mentalité puante qui ancre les femmes à une place spécifique dans le groupe, qu’on ait pour but de les traiter "mieux" que les autres (attention non sollicitée) ou de les draguer lourdement (harcèlement sexuel). Je passe sur les paranoïaques qui ont peur du mensonge : le genre de la personne ne devrait même pas être demandé. On ne devrait jamais forcer les gens à prouver quoi que ce soit de l’ordre du privé. Quand bien même un homme se ferait passer pour une femme : quel est le problème si tout le monde est traité de manière équitable ? Ce raisonnement ne tient absolument pas la route. Demander à une femme la preuve qu’elle est une femme c’est encore  lui montrer qu’elle vit à heterocismâle-land, qu’elle est une "bizarrerie", presque une erreur dans ce monde. Une autre manière de lui refuser une place naturelle au sein du groupe. Mais à part ça, y a pas de problème, tout ça c’est dans ma tête.

Je suis contente de n’avoir sorti qu’un exemple, ponctuel, parce que ça m’aide à prendre la mesure de ce qui peut arriver quand on tente une dénonciation plus poussée. J’ai encaissé, même si c’était pas super évident, mais j’ai bien senti l’intimidation à l’oeuvre. Est-ce que ça suffira à me faire taire ? Finalement non, la preuve. Parce que si je ne me sens pas l’âme vraiment militante du fait d’une certaine fragilité émotionnelle, chaque coup dans la gueule donne envie de le rendre. J’en arrive à une conclusion provisoire, qui est : plus on va tenter de me faire taire, plus je vais la ramener. Jusqu’à saturation, c’est possible, mais en attendant j’ai bien envie de faire chier le monde.

EDIT : J’avais décidé de ne pas publier cet article que je trouvais trop violent, trop écrit avec les tripes. Puis j’ai dormi, et au réveil, après une nuit douce, un tas de mentions ordurières m’attendaient sur Twitter. C’est le contre-coup : le lendemain, il ne reste que la haine. J’ai tout lu, sidérée par la mauvaise foi, la bêtise crasse de certains. Alors finalement, je publie. Parce que ça explique des choses qui posent visiblement question ("et si c’était une guilde avec des quotas ?" ou autres doutes de ce genre : non non, rien de ça, une guilde lambda minable), et parce qu’en fait un peu de violence va me faire du bien. C’est de la violence utile, bien plus que celle que j’ai pu essuyer depuis hier. Je me suis demandé pourquoi CET exemple m’avait attiré toute cette rage : c’est parce que ça touche un jeu très joué ? Genre "le sexisme c’pas moi c’est pas vrai c’est les autres pas touche" ? Vraiment, je ne comprends pas. La tendance qui se dégage, outre les "je ne suis pas offensé, il n’y a pas d’offense" (ta gueule, genre vraiment, ton avis on s’en cogne), c’est de me dire à quel point c’est pas un problème grave, non non, c’est rien du tout. Des dizaines de mecs qui viennent m’expliquer ce qui est grave ou non, tout en insistant bien sur la "violence" de mes propos (je vous propose de relire les tweets pour en saisir toute l’incroyable violence !), j’ai capté les termes "croisade hargneuse", etc. Moi, à la base, j’ai sorti un exemple parce qu’il m’a touché, point. Tout le reste s’est fait sans moi… C’est monté en épingle, sans doute pour une très bonne raison ceci dit : si c’était pas grave, ça serait passé inaperçu. Si c’était sans importance, on ne serait pas venu m’expliquer la vie en masse. Si c’était pas inscrit dans une réalité sociale qui dérange, on ne serait pas venu directement mettre ma parole en doute (sérieux, je ne vois pas ce qu’il y a de si surprenant ou incompréhensible, on me soupçonne directement de tromperie quand même. C’est beau. Mais après tout je suis une femme, ahah, c’est normal !). Si je peux me permettre un conseil, moi aussi, l’énergie dépensée à expliquer à quel point c’est un non problème pourrait être mieux employée à lutter contre le sexisme. Oh, pardon, c’est vrai qu’il n’existe pas…

J’ajoute un merci pour celles et ceux qui on eu le courage de lutter contre les mentions ordurières pendant que je dormais comme une bienheureuse en croyant que le gros de la vague était passé. C’est courageux, parce que vous n’aviez pas plus d’infos que les autres, finalement. Donc encore une fois, merci. Si il reste des zones d’ombre quand à cette histoire je veux bien en reparler mais encore une fois c’est un exemple banal, une guilde lambda, rien de folichon. Des crétins qui demandent une preuve à une femme qu’elle est une femme, juste comme ça, parce que le sexisme est naturel et qu’il ne viendrait à personne l’idée que ça puisse être offensant, parce qu’ils se sentent importants en tant que recruteurs. Ils ont une GUILDE quoi, c’est pas rien ! /Sarcasme. C’est pas très épique, c’est aussi ce qui en fait tout le drame : c’est ordinaire. Et en ce qui me concerne, le débat s’arrête ici.