Taïga, le chat de ma vie, s'est endormie tout à l'heure chez le vétérinaire. Ses reins ne fonctionnaient plus, elle se laissait doucement mourir.
J'ai espéré une solution, un miracle en fait, mais bon, faut pas rêver…
Quand elle est née, j'avais 13 ans. J'en ai aujourd'hui 25, c'est dire si ça faisait longtemps que je la traînais. Elle a été présente pendant environ la moitié de ma vie.
Née à la campagne, elle a commencé sa vie entre sa mère et sa sœur. Elles étaient souvent ensemble, surtout les deux petites frangines, mais ma petite minette était déjà assez indépendante. Puis sont arrivés les deux "garçons". Taïga a alors montré qu'elle était vraiment faite pour être fille unique : elle préférait la solitude à la compagnie des autres félins.
Elle a alors eu l'accès quasi-exclusif à ma chambre. Plus tard, elle m'a suivie à Nice, et enfin à Grasse. C'est après un an dans ce nouvel appartement qu'elle a décidé que sa vie avait été assez remplie. Sa mère, sa sœur ainsi que les garçons sont morts dans l'année précédente, elle était la dernière survivante de sa génération.
Certes, elle était pas si vieille. J'espérais vraiment qu'elle ne me quitterait pas aussi vite, mais…
Elle emporte avec elle ce qui restait de mon adolescence, de ces années compliquées et agitées. Elle était le dernier lien qui me raccrochait au foyer maternel. Maintenant, ma mère a une nouvelle vie, de nouveaux chats. Et moi aussi j'ai une nouvelle vie, c'est l'ordre naturel des choses. Mais pas de nouveau chat, je ne sais pas quand je pourrais. Je ne sais pas vivre sans chat, mais là je ne pourrais pas vivre avec un autre chat qu'elle.
Toutes ses habitudes sont là, bien ancrées dans ma tête. Je la vois dès que je tourne la tête. Secouant ses pattes avant quand son nez touchait quelque chose de froid, se coucher sur le côté pour se faire les griffes, m'attraper les cheveux quand je me brossais, courir partout les oreilles en arrière en poussant des miaulements bestiaux quand elle jouait… Et beaucoup, beaucoup d'autres choses.
Je ne me sens pas prête à avoir un autre chat tant que je n'aurais pas fait correctement mon deuil, et franchement ça démarre mal. C'était vraiment le chat de ma vie, je ne peux pas imaginer une telle perfection dans un autre animal. Oui, elle était parfaite, et elle me manque déjà terriblement.
Ces derniers jours ont été vraiment éprouvants, donc il est probable qu'il me faille un moment avant de reprendre une vie normale… Ne vous étonnez pas de mon silence. Je vais avoir besoin de beaucoup de temps pour digérer ce départ là…
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