
Le disque de Jade
José Frèches
Editions Pocket
Il y a des fois où il faut se méfier de l'enthousiasme général, que ce soit concernant un film ou un livre. C'est avec entrain que j'ai commencé la trilogie du "disque de Jade", de José Frèches... J'ai vite déchanté. Mais tout d'abord, un "résumé" :
"Lubuwei, un riche marchand de Zhao, est ensorcelé par un splendide bi de jade noir que constelle une pluie d'or et d'argent. Il le paie cher au grotesque Dent Facile. Mais enfin, Lubuwei possède ce précieux objet où figure la plus belle des légendes : celle du Bouvier et de la Tisserande, les deux constellations amoureuses composant l'harmonie universelle. De plus, le bi offrirait chance et immortalité à qui le possède. La prêtresse Vallée Profonde le confirme et lui annonce l'irruption d'un nouvel Empereur. La vie de Lubuwei prospère subitement. Profitant d'une pénurie de chevaux dans l'écurie du Roi Zhong, au royaume de Qin, il parvient à faire fortune en amenant sa race des Chevaux Célestes. Toutefois, ce royaume est agité par toutes sortes d'intrigues visant à la succession du vieux Zhong. Le fils du roi, Anguo, est marié à Huagang, hélas, stérile. Aussi engrosse-t-il une concubine, Xia, qui donne naissance à Yiren, promis héritier. Seulement, Huagang met en oeuvre, auprès de Zhong, toute sa séduction pour le détourner de cet enfant. Une lutte acharnée commence alors entre elle et la princesse Xia. Par ailleurs, Lubuwei, dont l'influence grandit dans la province, rencontre la sublime Zhaoji, laquelle, par sa grâce, s'attire les faveurs de Huagang. Celle-ci persuade Zahoji de supprimer Zhong pour empêcher Yiren d'hériter du trône. Anguo devient roi et Huagang peut alors exiler, à Zhao, le fils compromettant. Treize années passent. Lubuwei, homme juste, est devenu ministre des Ressources Rares. Malade, le roi Anguo achève un médiocre règne. Anwei, son frère, devrait lui succéder. Or Lubuwei, se souvenant de la prédiction de Vallée Profonde, part à Zhao pour en ramener Yiren, et l'installer héritier du trône. Mais Zhaoji établit un étrange stratagème : enceinte, elle lui dit vouloir épouser Yiren pour devenir reine et faire de leur enfant un héritier. Lubuwei n'aurait qu'à chercher un autre garçon qu'ils échangeraient par la suite..."
J'aurais dû me douter, avec un tel résumé, que j'allais "en chier". L'histoire promet trop, et finalement, elle s'embourbe avec une rapidité incroyable... Pourtant, il y a du bon, dans cette trilogie. Le fond de l'histoire, cette description d'un état "normal" qui devient une dictatures des plus atroces, engage à la réflexion. Surtout en ce moment... Je me dis que je devrais le faire lire à ma fascho de belle-famille... Donc sur ce point, le livre est une réussite.
Mais.
Le reste....
L'autre jour, j'ai pensé à 7 points négatifs à rapporter, j'ai presque tout oublier, mais il doit rester le principal. Donc tout d'abord, la multitude de personnages. Je n'ai jamais vu ça... L'auteur nous offre un assortiment de dizaines de personnages, ce qui aurait pu être bien si ils ne perdaient ainsi toute consistance. Chacun peut changer du tout au tout, en fonction des besoins du moment. Pas moyen de se représenter un personnage, parce qu'on ne sait pas comment il va changer, ou peut-être disparaître sans raison, juste parce qu'on ne sait plus quoi en faire. D'ailleurs, ce point est celui qui m'a le plus choqué. D'ordinaire, lorsque le héros d'une histoire disparaît, c'est important pour la suite du récit. Mais là, n'importe qui peut mourir sans crier gare, oublié aussitôt. Même lorsque l'auteur nous indique que quelqu'un se souvient d'untel, ça sonne faut. Comme si c'était une façon de rattraper la mort bâclée de son autre personnage. Bâclé, c'est le sentiment qui domine pour plusieurs choses. La mort des personnages, les passages style "10 ans plus tard"... Mais encore, admettons. Ça aurait pu passer si on ne subissait pas une démonstration de "j'en sais des choses, hein?" permanente. L'auteur semble très au courant des coutumes et légendes taoistes, et on est ravis pour lui. Il se permet donc de passer des pages entières sur le "chaos originel de Hongmei", le "champs de Cinabre intérieur", et autres symboles dont on se fout éperdument. Ça casse complètement le récit, le vide de toute sa force. On s'enlise dans des description sans fin du Dao ou des listes de livres d'époque... Ce qui conduit à lire des chapitres entiers en diagonale, pressé d'en finir. De même, les descriptions d'union charnelle, marrantes au début, deviennent lassantes... Tout est en Jade. Le bâton de Jade, la porte de Jade, le bouton de Jade... Au secours. Les cliches de dingue !
Et pour finir, la fin... Ne finit pas. Soyons clairs : je n'ai rien contre les livres qui laissent de la marge au lecteur ! Seulement là, c'est complètement exagéré. Le livre se termine au beau milieu de l'action, et l'épilogue nous indique seulement que rien n'a changé depuis ce temps... De même, on ne sait absolument pas si les héros ont réussis leur mission... Un bordel sans nom. Je ne suis pas une lectrice difficile, mais faut pas non plus prendre les gens pour des cons. Quoique si, vu que je dois être la seule à critiquer cette histoire....
J'ai encore "l'impératrice de la soie" sous le coude, j'espère que ça ne sera pas aussi décevant...
A trop vouloir en faire, l'auteur perd de vue le principal : susciter l'émotion.
Enfin, si malgré tout vous voulez les lire, c'est par là :
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