
Dans les histoires, il y a généralement un méchant. Le plus souvent, c'est celui qui a un nom de méchant, une tête de méchant, une voiture/un vaisseau spatial de méchant, et son but est d'être méchant "comme ça". Avec le cyberpunk, on a pourtant été habitué à une autre représentation des méchants, par exemple les corporations tentaculaires, les PDG et commerciaux propres sur eux, dont le but est de s'enrichir en ignorant les souffrances humaines, bref les systèmes déshumanisés avec pour seul but d'avoir le plus de maitrise possible sur la population tout en gagnant un maximum de pognon (voir Shadowrun, des films à la Blade Runner, The Island, ou Repo Men plus récemment, entre autre bien entendu). Quelque part, dans notre inconscient, cette image est installée. Demandez à n'importe qui dans la rue "trouvez-vous normal qu'une entreprise détienne un monopole et enlève tout choix aux consommateurs ?", normalement on vous répondra que non, c'est mal. Les plus loquaces vous dirons même que c'est propice aux dérives en tout genre.
Très bien.
Voyons maintenant ce qui se passe dans la réalité : les gens aiment être privés de choix. Et, plus étrange encore, ils n'hésitent pas à promouvoir une entreprise pour le plaisir, sans en retirer d'autre satisfaction que savoir que "leur" entreprise fétiche se porte bien. Chaque époque ses dadas de batailles : marque de voiture, de vêtement, d'ordinateur, de console, de téléphone… Oui, vous voyez où je veux en venir. Je sais que, comme toujours, on va m'objecter que je vois les choses de façon extrême et négative. C'est à la fois vrai et faux. Vrai, parce que les entreprises actuelles n'ont à priori pas le pouvoir (et ne l'aurons jamais, j'espère) de s'imposer au point de remplacer/fusionner avec le gouvernement et d'imposer leur vision du monde à la population. En revanche, c'est aussi sous-estimer le fait que c'est en acceptant tout que ce genre de dérives peut se produire. Le pire étant de voir des gens qui vont bien plus loin que l'acceptation mais carrément jusqu'à promouvoir ouvertement (et gratuitement, que c'est boulet) une marque qu'ils aiment bien, parfois même de façon très agressive. J'ai un appareil photo Panasonic, et je l'aime bien. Est-ce une raison pour moi de casser les burnes à tout le monde en disant "IL AY TRO GÉNIAL CEU KON PA LE MEME CÉ DÉ CON" ? Je crois pas. Je crois aussi que c'est déjà pour ça que les commerciaux sont payés. Ça ne me fait pas envie de les remplacer, mais ce qui me fait encore moins envie c'est de défendre les intérêts d'une entreprise, n'importe laquelle hein, mais surtout si je n'y travaille même pas. Ça apporte quoi, ce genre de conduite, à part des problèmes ? Oui, des problèmes parce qu'à force d'être encensé, les entreprises n'ont plus à faire d'efforts pour garder une bonne image. Des produits défectueux ? Inutiles ? Osef, ils vont acheter. Des problèmes éthiques ou moraux ? Pas grave, on a nos fans qui propagent la bonne parole. "Creuser sa propre tombe"…
On parle beaucoup des "lecteurs de livres numériques" en ce moment. C'est l'exemple choisi, mais je suis sure qu'on peut étendre la démonstration à beaucoup de choses… Enfin bref. Outre le fait que ça soit trop cher et que je ne trouverais jamais les livres qui m'intéressent dans les rayons du virtuel, cette mode soulève des questions qui méritent qu'on y réfléchisse. Récemment, la Fnac a lancé son propre service d'achat de livres numériques. J'achète jamais rien à la Fnac, mais pour le coup je pense que si je devais investir dans ce genre de fichiers, je le ferais chez eux. Pourquoi ? Parce que c'est libre. Oui, libre. On achète son livre (format PDF ou ePub), et on en fait ce qu'on veut. On le prête, on le ballade sur autant de lecteurs qu'on veut, et c'est tout. Pour faire simple : on ne paye pas une simple "location améliorée". Parce que c'est bien ce qu'on fait avec la plupart des systèmes fermés… On paye un fichier en format "propriétaire" (oui, le PDF, je sais, mais c'est pas vraiment limité…) qu'on a le droit de lire avec un objet précis, ou un logiciel précis… Le but de la manoeuvre est d'enfermer le client, qui n'aura d'autre choix que de continuer à utiliser les mêmes services de vente pour alimenter son lecteur avec les fichiers au bon format. Et réciproquement : il faudra utiliser le lecteur en question pour pouvoir continuer à lire son livre. Je vais pas affiner, mais la stratégie commerciale commune est bien celle-là. Garder, ferrer le client comme un poisson. Avec la dépendance vient l'argent…

La dépendance, pourquoi ? Parce qu'une fois ferré, on n'a plus le choix : continuer avec la même marque sous peine de devoir remplacer son matériel et racheter ses livres (on la sent bien, la location, oh oui). Certains diront que c'est si peu cher que peu importe, et les livres bah, on les a lu une fois, c'est bon ! Ça me fait bien marrer. Déjà, peu cher les lecteurs ? Hm, question de point de vue. Perso, un iPad au prix d'un PC portable, je dirais que c'est un peu déséquilibré. Mais admettons. Se pose ensuite le problème des livres illisibles en cas de changement de lecteur : une lectrice comme moi ne pourrait se résoudre à abandonner ses livres, déjà, parce que c'est sentimental. Vous me direz, c'est aussi pour ça que j'ai aucune envie de passer au numérique, avec l'indisponibilité de mes livres "bizarres" en numérique… Ensuite, bon, quand on en a 4-5, admettons que le changement se fasse sans trop de douleur. Mais quand on lit beaucoup ? La facture risque d'être salée, et très vite. Je ne vais pas lancer de fleurs à la Fnac pour autant, ni les ériger au rang de saints, mais je pense qu'il faut encourager ce genre d'initiatives. J'ai lu, en riant, un argument sublime concernant le fait que, quand on est esclave d'un service, au moins, il y a la synchronisation automatique entre tous nos lecteurs divers et variés. Super, et ? Au maximum, on a quoi ? Un ordi, voire deux, soyons fou, un smartphone, et, donc, un lecteur en plus. Au maximum 4 objets. C'est si compliqué de copier un pauvre fichier sur le lecteur qu'on a envie d'utiliser ? D'ailleurs, il est nécessaire d'avoir son livre sur tous ces objets à la fois ? Je doute. Non, vraiment, je n'y vois qu'un argument ridiculement de mauvaise foi… Ce service dont on peut potentiellement avoir besoin mérite-t-il de s'attacher un tel boulet ? Selon ma conception des choses, non. J'irais même jusqu'à dire que rien ne le justifie, d'ailleurs, mais bon.
Je ne suis pas une fervente défenderesse du logiciel libre, je n'ai pas de linux, j'utilise certains logiciels payants et des formats propriétaires (et j'ai un mac, donc). Pourtant, je trouve cette idéologie vraiment valable et je n'hésite pas à la défendre. Je sais aussi qu'un monde de logiciels libres est une utopie. Je dis ça pour une certaine remarque sur l"idéal kikoolol"… Un monde de libre est un idéal niais, si vous voulez. Mais pour le sujet qui nous occupe et où l'on pose les systèmes fermés comme seul "marché réaliste" etc, ça me fait marrer. Il me semble que la réalité ou non d'un marché est décidée par les consommateurs. C'est pas kikoolol, ça. Si les consommateurs n'adhèrent pas et ne paient pas, on se la carre où je pense sa belle réalité et sa super stratégie efficace. Alors oui, actuellement on est bien dans ce mouvement, justement parce que ça fait chier de pouvoir choisir, c'est plus facile de se laisser porter par le service qui fait tout à sa place, même vider le compte super facilement. Amusant. Et puis on ne pense pas à mal, c'est pas très important de choisir une marque ou une autre, finalement ! Un bon petit coup de pub, de bons placements produits, et des petits "croisés" dans notre entourage et voilà, les deux pieds dans le système.
Mais, outre le fait qu'on ne soit donc que "locataires" des produits honnêtement achetés (et ouais, si la boîte fermait demain, vous l'auriez dans l'os, moi aussi du reste avec un Mac, et vous en faite pas ce que vous voulez), un système fermé peut aussi poser un problème qu'on pensait en voie de disparition : les exclusivités. Les habitués des consoles ont l'habitude de ça, et on s'en sortait de mieux en mieux avec des jeux qui sortent sur plusieurs consoles maintenant (hors cas particuliers, mais bon…). Je ne dis pas que c'est résolu, il y aura toujours ce problème et les gens qui veulent profiter de "tous les jeux" doivent acheter toutes les machines qui sortent. C'est pénible, un gouffre à fric pour les "consoleux". Mais je dirais que ce ne sont "que" des jeux. Je surestime peut-être les livres, mais pour moi ils entrent dans la catégorie "culture"… Et tout le monde devrait y avoir accès. Avec la multiplication des services concurrents, le risque est de voir certains livres sortir sur l'un d'eux en "exclusivité"… Un retour en arrière que personne ne veut voir arriver. Un cloisonnement de la culture en fonction du service choisi, et des limitations décidées en haut-lieu (qui a pensé au "no porn" d'Apple ? Et si j'en veux, qui a le droit de me dicter ma conduite ?). Comme si on était pas déjà assez orientés par ailleurs… Le libre-arbitre, c'est très surfait, pour tout le monde, moi incluse. On a beau mettre la meilleure volonté du monde à faire des choix objectifs, on ne peut jamais être certain que c'est le cas. Alors pourquoi risquer d'être encore plus influencés ?
Bref, pour finir je dirais que je suis pas à la mode (en même temps, j'ai pas de pression sociale alors ça me dérange pas) et que je n'aurais pas de livres numériques avant longtemps, sauf si on m'y oblige. Je peux donc me péter le luxe d'être à peu près objective, et ça c'est super. Je peux aussi voir d'autant mieux les "croisés" des marques hurler à la supériorité de leur choix "100% personnel". J'ai jamais aimé les croisades, c'est con. Alors, du coup, merci la Fnac de proposer une alternative au modèle économique "en place" que je peux lire sur mon ordi (oui, ça aussi c'est surfait, mais que voulez-vous) et prêter à mes potes. Enfin bon… Tant que ça sera aussi cher, faut pas rêver non plus, j'aime mieux avoir la version physique.
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2 commentaires
Alors même si dans l'ensemble, je suis bien sûr complètement d'accord, je voulais quand même rebondir (shboing) sur deux points et ajouter un peu au débat (enfin, qui ne devrait même pas en être un d'ailleurs. La culture doit être libre, point.)
- Un monde de logiciels libres est une utopie, mais j'aime bien les utopies :p
(Sérieusement, une inter-opérabilité totale, des standards bien faits... Rhaaa ce que ça serait bien !)
- J'aime énormément lire, j'aime énormément le livre et la littérature, de tous les genres ; mais de par ma formation, de par ma passion, je pense que le jeu vidéo est autant dans la catégorie "culture" que le livre. Je mettrai bien sûr encore le livre au-dessus des jeux vidéos, pour l'histoire de la littérature, le foisonnement de titres, le fait que le livre fasse bien plus travailler l'imagination...
Mais le jeu vidéo est un art complet, mêlant narration, image, musique... Encore plus complet que le cinéma, quelque part, puisqu'il faut inclure le joueur dans "l'équation" de l'oeuvre.
Bref, le jeu vidéo (encore plus avec la récente nouvelle vague de démocratisation Wii + DS) est plus que jamais un genre culturel avec lequel il faut compter, et qui devrait donc, pour recoller avec le thème de l'article, être tout à fait accessible sur n'importe quelle console ou autre "support" (un jeu vidéo non disponible sur PC me donnera des envies de meurtre).
Sinon, merci pour cet article en tout cas :) Il me semble que la Fnac, bien qu'ayant commencé comme les autres à pourrir son service FnacMusic de DRM, a été une des premières à les enlever, comprenant vite où était son intérêt (en premier lieu, bien sûr) autant que celui du consommateur. Content qu'ils fassent de même avec les ebooks !
Sinon, oui, l'utopie du libre, c'est beau. Sauf qu'il y a des entreprises avec des intérêts partout… Et elles ont plus de poids que les "libreux", et pas qu'un peu ._.' Snif.
Quand aux jeux vidéo, je vais déjà préciser un truc qui n'était pas forcément clair dans ma remarque : quand je dis que ce ne sont "que" des jeux, j'y vois surtout l'aspect dispensable, par opposition (selon moi) à la lecture. L'article n'était pas sur les JV, et j'avoue qu'après ton com j'ai pensé à en refaire un au lieu de répondre, mais finalement je vais faire ça ici, désolée par avance si c'est long ^^'
Donc oui, quand je dis "dispensable" je parle du fait que le JV a été créé dans le but de divertir. Qu'il y ai des jeux éducatif ne change pas ce fait, et il faut dire qu'ils sont en minorité face aux aux jeux purement ludiques. Quand au livre, la problématique est toute autre : le livre a permis l'accès à la culture à une large partie de la population, d'apprendre des choses nouvelles et de découvrir le monde. Je n'y vois pas que les romans, mais vraiment le -livre- avec toute la puissance philosophique qui l'accompagne. Tout le monde devrait lire afin de se construire, alors que les JV… Voilà ^^ Attention, je ne critique pas le jeux en tant que tel, ça serait très "lol" de ma part, mais franchement il y a un univers entre les deux selon moi. C'est en lisant qu'on apprend à construire des discours logiques, aussi. On voit à quel point c'est vrai avec le désintérêt pour la lecture ses dernières années, et les conséquences qu'on connaît... Donc, vraiment, je reste sur ma position, qui est je le rappelle : l'accès à la lecture est largement plus prioritaire que l'accès aux jeux. Je ne sais pas si on est en désaccord sur ce point, mais voilà ^^
Je me suis sans doute "semi-trompée" en opposant divertissement et culture, d'autant qu'à l'heure actuelle on parle bien de "culture geek", par exemple, qui comporte des domaines que les grands lettrés considèrent comme des ramassis d'ordures ^^ J'irais même d'ailleurs plus loin que toi sur ce point, et ça peut semblé excessif, mais le cinéma, appelé "7ème art" quand même, est en pleine décadence et on voit qu'il y a une inspiration massive en provenance des JV, secteur précisément débordant d'imagination. Cette "ponction" n'est pas forcément toujours heureuse, mais elle existe et n'est plus seulement marginale… (Pareil avec les BDs en tout genre d'ailleurs, on va chercher les idées là où on en trouve ._. ) Donc, perso, je place d'avantage d'espoirs dans l'industrie du jeux (et je parle pas forcément des "gros" studios) que dans celle du cinéma…
EN REVANCHE. La wii et la "démocratisation" du JV ont fait beaucoup plus de torts que de bien à la culture "gamer". Je sais que c'est pas toujours évident et que je me fais flamer quand je le dis, mais c'est depuis cette démocratisation qu'on a pu voir fleurir des titres dont la qualité m'évoque poétiquement le contenu d'une fosse septique. Oui, c'est marrant entre potes, tout ça, mais niveau imagination on repassera. Les jeux jugés mauvais "avant la wii" peuvent maintenant parader avec fierté. Je ne dis pas non plus que tout est à jeter, mais j'y vois surtout un gros retour en arrière du fait de l'absence d'attentes précises de ces consommateurs là. Le syndrome du "ils en redemandent de notre merde ! Alors on va leur en donner par cartons entiers". C'est en demandant de la qualité qu'on l'obtient (et encore !), mais quand la nouvelle majorité n'a pas vraiment idée de ce qu'est un bon jeu, ça va pas en s'arrangeant. Fin de la parenthèse Wii, et je suis tout à fait d'accord sur le fait que les exclusivités c'est de la merde et qu'on devrait avoir tout sur tous les supports. Seul problème : commercialement ils seraient perdant, donc on est pas près de l'avoir. C'est une fatalité, c'est clair, mais je râlerais toujours contre ça malgré tout, question de principe ^^ (Et si tu râles pour les jeux sur PC, achète jamais de console :p )
Quand à la Fnac, oui je pense aussi que c'est bon pour eux, je suis heureusement pas la seule à penser que la liberté c'est le pied, donc j'espère vraiment que les gens vont suivre sur ce genre de modèles ! D'ailleurs j'ai lu tout à l'heure un article très sympa sur un "iPad Killer" (lol, oui, mais bon) qui proposait une compatibilité avec 3 systèmes d'ebooks (par ici, si l'article intéresse quelqu'un : http://ipadtest.wordpress.com/2010/07/12/out-of-nowhere-the-ipad-has-a-real-competitor/ ). Et ça, imo, c'est bien. Il me ferait presque envie malgré ses défauts, si j'en voulais un quoi ^^'
En tout cas, merci pour ce super commentaire, et désolée encore d'y répondre aussi longuement ^^' C'est toujours intéressant d'aller plus loin dans ce genre de discussions !




















