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[Film] Philosophy of a Knife

Par Nanie, le 20.06.11 - 05:48:19  |  Catégories: Films

Un an. C'est le temps qu'il m'aura fallu pour réussir à voir ce célèbre film. Enfin "célèbre"... Entre fans de films tordus, surtout. Si ce n'est pas votre cas, autant le dire tout de suite : ne le regardez pas. Jamais. Pour les autres, je vais faire un rapide résumé afin de partager mon enthousiasme. Car oui, il est tout simplement excellent.

Contexte :

Pour parler de Philosophy of a Knife, il faut parler de l'unité 731. Pas le film chinois du même nom ou presque (dont je parlerai peut-être une autre fois, si j'en trouve le courage) mais la réalité historique. En très gros, il s'agissait d'une unité militaire menée par le japonais Shirou Ishii dont le but officiel était la recherche bactériologique, dans les années 20 à 40. Pendant la seconde guerre mondiale, cette unité s'est installée dans un camp militaire en Mandchourie et a procédé à de nombreuses expériences sur des êtres humains. Si vous êtes curieux, l'article wikipedia correspondant est très complet : Unité 731. Le film raconte donc ce qui se passait derrière les murs du camp, en collant au mieux à la réalité historique, documents d'époque et témoignages à l'appui.

Le film :

C'est bien beau tout ça, mais concrètement c'est quoi, Philosophy of a Knife ? Un mélange entre documentaire et film. Il commence d'ailleurs par une longue explication du contexte historique. C'est une bonne idée, car il est assez difficile de comprendre ce qui peut pousser des gens à faire ce genre d'expériences, à la base. On nous parle donc de la seconde guerre mondiale et de son évolution, l'intérêt grandissant des différentes nations pour les armes bactériologiques et des progrès de la médecine.

Vu comme ça, cela peut sembler un peu fastidieux. Pourtant, c'est ce qui fait la différence entre ce film et un Camp 731, plus radical et manichéen (ce que je ne critique pas et comprends tout à fait, mais j'aime les visions plus modérées). Car en expliquant comment on a pu en arriver là, on remet ces "monstres" à leur place : des humains qui cherchaient des solutions à des problèmes donnés. Tristement simple.

On constate dès le début que le montage est impeccable : des images d'archives défilent, alternants entre gens en bonne santé et heureux, et des êtres "imparfaits" (notamment siamois) que la science tente de rendre plus "normaux". Début du malaise et de ce qui sera la marque de fabrique du film : les plans en alternance relativement rapide, et une image en noir et blanc au grain abîmé. On adhère ou pas, personnellement j'ai scotché dès cette introduction.

Les seuls passages en couleur sont les morceaux d'interview de monsieur Anatoly Protasov, un russe qui habitait à proximité du camp à l'époque des faits qui nous intéressent. Il racontera tout au long du film ce qu'il a pu voir de l'extérieur, et parlera de la vie sur place à cette époque. Certains trouveront ces passages sans intérêt, personnellement j'étais chaque fois ravie de pouvoir faire une pause et respirer un peu. Car oui, j'oublie quand il y a trop de pression...

Suite à toutes ces explications, le film commence. Il n'y a d'ailleurs jamais de dialogues, les seules voix que l'on entend sont celles de l'intervenant cité plus haut, de la voix off commentant des images d'archives et d'une narratrice (sans doute créée de toute pièce) qui était infirmière dans le camp. Le reste du temps, il n'y a que le silence et les cris. Pourtant cela n'empêche pas de distinguer rapidement la structure narrative : chaque scène ou presque commence par un plan sur une cellule et ses occupants. On ne verra que quelques prisonniers, d'ailleurs, même si le véritable nombre des victimes est beaucoup plus élevé. Sans doute pour nous permettre de nous y attacher un peu... Des hommes entrent donc dans la cellule, choisissent un prisonnier et l'emmènent vers le lieu de l'expérience. Vient ensuite l'expérience proprement dite jusqu'à son dénouement (généralement la mort), et retour au début de la boucle. Une sorte de romance se dessine également en filigrane, entre une prisonnière et un officier japonais qui la chérira de loin, au mieux de ses possibilités (ce qui consiste pour l'essentiel à diriger le choix des bourreaux sur une autre victime, mais c'est déjà pas mal...).

Puisqu'on parle des personnages, il faut parler du jeu d'acteurs ! Le film ne laisse en effet pas beaucoup de marge aux acteurs : entre le choix de ne pas ajouter de dialogues, les médecins et infirmières aux visages souvent cachés par des masques et les prisonniers utilisés comme des morceaux de viande sans âme, pas évident de sortir son épingle du jeu. Ils sont donc la plupart du temps assez inexpressifs. Mais c'est ce qui fait leur force, paradoxalement. Car le moindre changement d'expression ou mouvement des lèvres nous en dit beaucoup sur le personnage. L'officier "amoureux" étant d'ailleurs très intéressant à étudier, passant de l'indifférence la plus totale a un plaisir évident (l'arme est décidément un substitut au pénis...), ou parfois même à la douceur ou l'embarras. J'admire les acteurs d'avoir su faire passer ces émotions malgré les limitations techniques.

Point important concernant le déroulement de l'histoire, deux expériences se déroulent souvent simultanément. Cela permet au réalisateur de faire monter le malaise en alternant régulièrement les scènes, et d'en profiter pour faire durer des actions d'apparence parfois anodines jusqu'à nous rendre malade d'angoisse. J'exagère ? Dans mon cas, pas vraiment. J'ai vraiment été happée par ces scènes de transfert où les gens avancent dans ces longs couloirs, en entendant des cris provenant des pièces devant lesquelles ils passent. Si vous êtes doués d'empathie, il est impossible de ne pas imaginer la peur ressentie par cette personne qui se dirige inexorablement vers la mort, certes, mais surtout une mort lente et terriblement douloureuse. On a parfois envie de couper le film, de se sauver en courant, on appelle de nos vœux une révolte du prisonnier, ou même un miracle. Mais hélas c'est la réalité qu'on nous dépeint, et les miracles n'arrivent jamais.

Lorsque finalement la pièce est vide, le film se termine avec un retour sur la réalité historique en évoquant la fin de la guerre et en laissant une large place à la suite de l'interview. J'avoue qu'il y a là à prendre et à laisser, mais cette fin est surtout là pour parler des procès (ou non...) des responsables du camp. Une conclusion nécessaire et intéressante.

Mon avis :

En toute franchise, j'ai trouvé que ce film était un bijou, et il gagne haut la main le titre du film le plus malsain que j'ai vu de ma vie. Rien que ça. Et pourtant j'en ai vu... De mon point de vue, c'est le meilleur compliment que je puisse lui faire et la meilleure façon de dire à quel point c'est une réussite.

A cela, plusieurs raisons dont la première est ce montage dont je parlais plus haut : les alternances qui créent une tension parfois à la limite du supportable. Je suis d'ailleurs très heureuse du choix du noir et blanc pour ce film. Je crois que sans ça, il aurait été tout bonnement insupportable. Certaines critiques trouvent que cela coupe totalement le spectateur de l'action, quand à moi je pense que c'est plutôt la seule bouée qu'on nous autorise, la seule protection qui nous évite le traumatisme. Mais c'est également un élément qui fait de ce film un vrai bijou esthétique et, allons-y carrément, une œuvre d'art.

Car oui, au delà de l'horreur, au delà de la description de ces tortures, c'est bien une œuvre d'art qu'on contemple. C'est lent, c'est pesant, et tout simplement hypnotique. Lorsque je l'ai réalisé j'en ai été presque perturbée. Voir qu'on admire sincèrement quelque chose d'aussi atroce provoque forcément des sentiments contradictoires. Pourtant ce n'est pas étonnant, et les fans de doom ou de bon black metal le savent bien. Vous me direz, que vient faire la musique là-dedans ? Les codes sont tout simplement les mêmes. C'est dans cette lenteur hypnotique et cette ambiance poisseuse qu'on trouve le plaisir, dans la contemplation de cette noirceur qu'on retrouve notre propre âme. C'est un peu cela que renvoie finalement Philosophy of a Knife. Car au travers de ces expériences sadiques et inutiles (dont on nous apporte pourtant régulièrement des preuves de l'existence...) c'est l'humain dans ce qu'il a de plus sale que l'on regarde. Je sais que ce n'est pas quelque chose que la plupart des gens recherchent, mais j'apprécie pour ma part qu'on me rappelle que l'homme est capable du pire, et je pense même qu'il est vital de ne pas oublier ce genre de chose et d'admettre que c'est quelque part en nous afin d'éviter que des horreurs pareilles se reproduisent.

Ceci étant j'ai beau dire de jolies choses, c'est essentiellement parce qu'il a su taper là où il faut en utilisant les bon codes que j'ai autant aimé ce film. Tout simplement. Bien sûr je ne le conseille pas à tout le monde, loin de là. Déjà, il faut bien comprendre que ce que je lui trouve comme qualités d'autres y voient des défauts. La lenteur, déjà, ne plait pas à tout le monde. La durée totale non plus, d'ailleurs ! Sachez tout de même qu'il est coupé en deux, ça permet de faire une pause... Et tout simplement le propos et la violence des images risque de ne pas faire de ce film un number one des soirées sympa. Mais si vous pensez partager mon point de vue et apprécier le même genre de choses, il serait dommage de passer à côté.

Notez que je n'ai pas jugé bon de décrire ou de montrer des images des scènes de tortures. Je pense que les gens qui auront envie de les voir sauront bien les chercher, et que ce n'est pas mon rôle de mettre les choses les plus choquantes en avant mais plutôt la qualité de l’œuvre en elle-même. Sachez juste que si vous avez des idées de tortures possibles, il est probable que le film se montre bien plus cruel.

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5 commentaires


Commentaire de: CgX [Visiteur] · http://www.cgx.me
Très belle critique : tu m'a donné envie de le voir !
20.06.11 @ 09:13
Commentaire de: Chnip [Visiteur]
twitter parlait d'un film joyeux, je suis un peu déçu. en même temps avec un nom pareil faut etre un peu con pour pas se douter qu'il s'agissait d'ironie

pour ce qui est du film, j'ai pas trop envie de le voir, j'ai déja vu un reportage sur ce fameux camp 731 et ça me suffit.

s'il te plait un vrai film joyeux la prochaine fois (ou alors pas trop triste) sinon ça va déteindre sur toi ces horreurs
20.06.11 @ 10:40
Commentaire de: Nanie [Membre] Email
@CgX Merci ! \o/ Ne me déteste pas ensuite, hein.

@Chnip Tu sais, ça fait partie de mes loisirs habituels, donc si ça devait déteindre alors ce serait déjà fait ^^ Je regarde peu de films "joyeux" en fait, je cherche tout ce qui peut me pousser à la réflexion. Mais j'essaierai la prochaine fois, rien que pour toi ! ^^
20.06.11 @ 12:04
Commentaire de: chnip [Visiteur]
pour trouver un film joyeux qui pousse a la réflexion ça va pas être évident, mais trouver un film ou on torture personne ça doit être possible

20.06.11 @ 13:33
Commentaire de: Nanie [Membre] Email
Mais... Mais... C'EST PAS MARRANT O___O
20.06.11 @ 13:52

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