(Trigger warning agressions sexuelles, homophobie, etc…)

Entrez, entrez messieurs-dames ! Aujourd’hui, chers amis, nous allons faire de la prestiji… Présiti… Présdiji… De la magie ! Saviez-vous que vous avez en votre possession, ou dans votre entourage proche, le remède à tous les maux de la Terre ?

Je vous sens sceptiques, mais laissez-moi m’expliquer. Imaginez plutôt un monde où tous les humains seraient libres et égaux, où l’amour régnerait partout, même à la boulangerie le mardi matin, où les discriminations en fonction du sexe, de la race, ou n’importe quoi d’autre, n’existeraient plus. Un monde pareil aurait tout du paradis… Vous aussi, vous en rêvez, et vous militez dans ce but afin de changer durablement les mentalités, je présume. Mais alors, quelle est donc cette solution miracle que je m’apprête à vous livrer gratuitement, sans contrepartie, ayant pour seule motivation l’amour de mon prochain ?

LE BON COUP DE BITE™ !

Comment avons-nous pu ne pas y penser plus tôt ? Alors que la solution était là, sous nos yeux, depuis des millénaires ? Le mystère reste entier. Sans doute n’étions nous pas prêt à recevoir cette illumination divine. Mais je me présente à vous, telle une prophétesse, pour vous vanter les vertus d’un bon coup de bite.

Il me semble normal de vous confier le cheminement intellectuel qui m’a permis d’accéder à cette révélation. Comme vous le savez, il m’arrive de naviguer sur le Grand Internet. J’ai ainsi découvert, ça et là, des indices qui, mis bout à bout, ont constitué un ensemble : la Vérité s’imposait finalement à moi. Mes yeux se sont ouverts, et tout est devenu limpide : je ne pouvais plus être féministe, ni même bi ! Le Bon Coup de Bite™ était tout ce dont j’avais besoin pour vivre une vie parfaitement épanouie, loin des questions politiques ou de société.

Vous êtes difficiles à convaincre, décidément. On trouve pourtant dans la littérature moderne de nombreux exemples clairs de l’utilisation du Bon Coup de Bite™ pour améliorer la condition féminine (Ici ou : nous constatons ainsi qu’il est l’un des piliers du bonheur féminin. De nombreux autres exemples existent, mais hélas je ne souhaite pas lier de sites pornographiques à ce blog. Etrange, d’ailleurs, que ce remède fabuleux soit cantonné à cette sous-culture de l’ombre ! Faut-il en conclure qu’on nous cache des choses ? Hashtag le complot). Mais attention, le Bon Coup de Bite™ est surtout utilisé pour résoudre des problèmes concrets et précis :
Pour faire disparaitre la "gaytude" chez les hommes. Si vous voyez là un paradoxe, c’est que vous n’êtes pas tout à fait prêt à vous faire illuminer.
– Mais également la "lesbitude" des femmes (en douceur ou non, la bite disposant quoi qu’il arrive d’un pouvoir dont l’étendue semble illimitée)
– N’oublions pas LE problème de notre siècle, le féminisme ! Ceci dit sans le moindre sexisme, bien entendu Le Bon Coup de Bite™ est totalement innocent, et offert dans un but thérapeutique ! (Autre exemple ici, en vous laissant faire une recherche dans la page)
– Certains problèmes plus modestes et proches de nous peuvent trouver là une solution simple et efficace, comme une virginité récalcitrante , une méchante migraine ou divers autres problèmes de la vie quotidienne.
– A l’échelle de l’univers (ça n’est tout de même pas rien), la menace de l’arme terrestre la plus puissante, affichée sur Mars, sert également à dissuader des aliens hostiles de venir nous envahir.

Il me semble indispensable, au vu de ces éléments, de constituer un comité de recherche dont le but serait de découvrir toutes les applications possibles de ce don du ciel. Le Bon Coup de Bite™ peut-il faire disparaitre la faim dans le monde ? Les trou de la sécu, de l’ozone, et, de manière générale, tous les types de trous ? Une application dans notre quotidien est-elle possible, par exemple pour déboucher les éviers ?

Je tiens à remercier solennellement tous ces hommes qui ont, de tout temps, gracieusement proposé leurs services pour résoudre les problèmes des femmes (en majorité), c’est grâce à vous si je me suis finalement éveillée à la Vérité. Pour vous manifester ma gratitude, je tiens à vous laisser un message qui me tient particulièrement à coeur. Et surtout, continuez à dispenser votre sagesse infinie sur la toile, vous êtes parfaits, ne changez rien.


Ok, les gens, j’ai fait une connerie. J’étais là sur mon petit compte Twitter, avec mes 85 followers, comme à la maison, tranquille. Et je tweete un truc que j’ai sur le coeur depuis la veille, en partie. Rien de bien original, un exemple de sexisme classique, vraiment. Les tweets en question :

Ça m’a écoeurée, cette histoire. Sans doute pas autant que la première concernée, mais quand même. Pourquoi devoir prouver qu’on est une fille ? Difficile de trouver une raison honnête et innocente à ça, mais je vais y revenir. On aurait pu taper sur les doigts du recruteur en lui expliquant ce qu’est le sexisme, pourquoi ça gâche la vie d’une bonne partie de la communauté, et qu’il est plus correct de garder ce genre d’idées pour soi (je ne suis pas naïve au point d’imaginer changer les gens en profondeur, je demande juste un minimum de respect, salope d’extrémiste va). Une histoire courte, dis-je. Mais le support Blizzard décide que ça ne les regarde pas (une remarque sexiste balancée IG, hein, je précise, on est pas dans le cadre d’un forum perso en plus), et qu’il suffit d’aller se chercher une autre guilde (sans rire ? QUI insisterait pour être intégré dans une guilde pareille ? Merci du conseil, Ô grand génie). Bref, la réponse à laquelle toute gameuse est habituée si elle a été confrontée au sexisme et a eu le courage (car c’est du courage qu’il faut) d’en référer aux autorités "compétentes". Etre une joueuse va de paire avec la recherche active et souvent vaine d’une guilde spécifiquement non sexiste, c’est encore un effort supplémentaire à fournir parce qu’on est une femme, mais qui semble hélas naturel quand on est pas touché par le problème ("t’es pas contente, va voir ailleurs, c’pas compliqué" On a vraiment affaire à des experts…). Attristée, déprimée, parce que c’est un exemple de plus, parce qu’en parler de change rien, parce que ça touche une personne proche (c’est pas joli à dire mais ça joue forcément), je râle. Sur Twitter. Sans penser que quelqu’un pourrait relever, ou à la limite qu’on va lire en soupirant, un peu comme moi, en se disant "encore…".

Shitstorm.

Pendant une heure je vais en prendre plein la tête, sans presque oser répondre. J’apprécie particulièrement le pseudo-pote qui attaque immédiatement en mode "en quoi c’est plus grave que" + exemple qui n’a rien à voir, me dit que je hiérarchise les discriminations parce que j’ai SEULEMENT osé évoquer le sexisme (quoi, tu fais pas une encyclopédie complètes des oppressions de l’antiquité à nos jours dans chaque tweet ? Han la fausse féministe !), parce que quand même, et la discrimination politique alors ? Oh oui, homme cis hétéro blanc non handicapé, VIENS ME PARLER DES OPPRESSIONS PUTAIN. Viens me dire que parler du sexisme c’est oublier les autres luttes. Viens me dire que quand même, et le pauvre mec discriminé parce qu’il est au FN alors ? Je ne dis pas que ça n’existe pas, à l’extreme rigueur (par contre d’un point de vue très personnel, ce qui arrive à un faf c’est le dernier de mes soucis. Et rien à voir avec mes engagements en général). Mais mettre cet exemple sur le même plan que les discriminations systématiques comme le sexisme, faut oser. Ce qui ne veut pas dire que toute discrimination n’est pas bonne à combattre, hein. Mais c’est toujours le même, vous savez, le type pas concerné qui a autant de culture militante qu’un chewing-gum collé sous une table qui vient t’expliquer comment t’es trop vilaine de pas penser aux autres (alors que lui est SI PLEIN D’EMPATHIE HEIN). Alors on va répéter, répéter encore et encore en quoi ça consiste, la convergence des luttes. On va répéter ce que c’est que la silenciation et surtout celle que je rencontre le plus souvent (Aussi connue sous le nom "y a 1000 fois pire que çaaa").

La vitesse de réaction est incroyable, évoquer le sexisme c’est s’exposer à une révolte immédiate et sans le moindre recul ni la moindre réflexion. C’est quoi le soucis, ça vous met mal à l’aise à ce point ? Ben imaginez quand on le vit, alors, c’est une expérience. Je pourrais dire que j’ai l’espoir qu’un jour peut-être ils comprendront qu’on peut évoquer un problème sans dire spécifiquement que c’est le pire du monde entier… Mais ça serait oublier que le but n’est pas de parler des oppressions dans leur ensemble mais juste de faire taire ces chieuses qui "voient le mal partout". Des chieuses qu’il faut étouffer à la moindre manifestation de colère, au moindre micro-exemple de sexisme ordinaire. C’était tellement "rien" (tellement noyé dans la masse, plutôt) que ça aurait pu passer inaperçu, cet exemple. Mais c’est pas aussi simple, meuf. Faut pas fâcher papa. Bien entendu, hors attaques et si on me demande des informations, je suis -toujours- prête à discuter. J’ai juste un peu de mal après une rocket dans la gueule.

Quelqu’un ayant eu la (bonne, à la base) idée d’exposer le problème directement auprès de Blizzard, je vais avoir droit ensuite à une super explication personnalisée de la part d’un lèche-cul officiel (les mvp, qui se sentent si spéciaux avec leur titre et leurs posts en vert qu’ils deviennent de parfaits petits soldats… Il est bon le nonos ? Tiens, bon exemple d’offense sans insulte, ça, "il est bon le nonos ?"), histoire de me faire comprendre que je suis meugnonne mais que gueuler, ça sert à rien (j’avais déjà remarqué, on se demande ce qui a pu me mettre sur la voie…). Tout va y passer : les critères de recrutement, c’est pas le problème de Blizzard (mauvaise pioche, c’est -pas- un critère de recrutement d’être une fille, juste qu’il faut le prouver si on déclare en être une), c’est pas évoqué dans la charte (quoi, une évoluquoi ? Evolution ? TU VEUX QUE JE FASSE UN AVC JEUNE FILLE ?), c’est pas de la diffamation (et comme une idiote j’ai pensé "discrimination" et répondu que refuser une fille qui ne veut pas se faire entendre sur Mumble c’en était. C’est ça de lire/répondre trop vite. Ahah, tout le mépris du monde dans ces réponses chargées de ":o)" après une manipulation réussie. Non c’est pas de la diffamation, c’est vrai. Et donc y a pas de problème AUTRE ? Ça n’existe pas ? De plus il était question d’insultes et d’offenses, à la base. L’offense, c’est pas à toi de dire si elle existe), si "tu estimes que" c’est de la discrimination on peut en discuter (comprendre : moi je vois pas le problème. Prouve qu’il existe. Comme toujours l’homme rationnel va décider ce qui est un problème ou non.) Bref, tout ça pour m’expliquer qu’on peut toujours relancer la réclamation, mais qu’il ne peut "rien garantir". No shit. Après m’avoir bien méprisée, et expliqué que le problème n’existait pas ? QUI prendrait le risque de se heurter de nouveau à un mur ? De plus, je parle pour moi en tant que non victime directe, mais l’idée n’est certainement pas de pendre le recruteur de cette guilde au milieu de la place publique, juste de dire non aux comportements sexistes. Ça me semble envisageable, une petite remarque en passant… Mais non, prendre le temps d’expliquer à ce recruteur que son comportement était inapproprié c’est pas possible, c’est pas dans la charte, on ne s’en mêle pas oulala, mais venir ME dire à MOI que le problème n’existe pas et que c’est pas leur problème, et me prendre de haut en passant, c’est normal ? Putain de sens des priorités, hein. Ça me donne envie de vomir. On trouve toujours le temps d’expliquer à une sale féministe qu’elle se trompe, mais pas celui de faire des choses constructives. Encore du temps bien investi à écoeurer les joueuses (ex-joueuse dans mon cas, on se demande pourquoi. Blizzard, tu ne me manques pas.)

Bref. Une heure, une heure trente plus tard, je reste sonnée. Par la volonté de certains à chercher les failles dans une dénonciation indiscutable de sexisme, par celle de ceux qui veulent montrer à quel point c’est pas si grave, mais aussi par l’avalanche de RT. Je suis pas habituée, je suis pas très lue, installée dans mon petit coin, je lis beaucoup plus que je ne participe (il faudra que je revienne là-dessus un jour), et voir cette petite anecdote qui doit arriver des dizaines de fois par jour m’échapper, aller jusqu’à des comptes US une fois traduite (parfois de façon un peu bancale), ça m’a laissée dans un drôle d’état. C’est ce que ça fait de voir que, malgré les nombreuses attaques, on est pas -vraiment- seule ? En fait, c’est assez cool. Ça donne un peu moins de poids aux remarques, juste assez pour alléger le coeur et penser qu’on en prend pas plein la tête pour rien.

Vu qu’on m’en a beaucoup parlé, je vais revenir sur le rôle de Blizzard dans cette histoire. Il semble que pour Blizzard, le sexisme n’existe pas. Le message date de 2011 mais visiblement, la politique est la même. On pourrait trouver ça logique : on condamne les insultes sexistes comme les autres, c’est très bien (le troll ne me semble pas correspondre au problème du sexisme) MAIS. Rares sont les remarques sexistes, même les plus violentes, à employer un vocabulaire spécifiquement vulgaire. L’exemple le plus commun, "va me faire un sandwich", montre une misogynie sans complexe mais n’est pas "insultante". Comment lutter contre cette violence spécifique quand on nous refuse les outils adaptés ? A priori, dur de savoir si on peut être entendue si on se plaint de cette remarque, si on va se heurter à un mur ("c’est pour rire") ou si c’est à la gueule du client. Dans le doute, on aura tendance à laisser couler pour éviter de s’infliger une double violence (l’attaque + la non réaction complaisante du support). Donc, le rôle de Blizzard ici est simple : condamner ouvertement les violences/remarques/discriminations sexistes (en l’incluant dans la fameuse charte qui semble gravée dans le marbre), et d’y répondre de la même manière qu’avec les propos racistes ou homophobes par exemple. Il est normal que Blizzard ne dicte pas (complètement, il y a bien des limites) leur conduite aux guildes, en leur laissant des libertés sur le recrutement. Mais quand un recruteur vient IG demander à une femme de -prouver- (le mot est très fort, et dit avec la plus grande désinvolture comme si c’était parfaitement naturel) qu’elle en est une, c’est bien une remarque/demande inappropriée et insultante qui devrait être condamnée.

Il y a aussi des gens qui ne comprennent pas, en toute "bonne foi", le problème de demander à une fille de prouver qu’elle en est une en l’obligeant à se faire entendre sur Mumble… Ça semble évident, je sais, mais je vais quand même insister un peu là-dessus : se présenter en tant que femme, c’est se prendre immédiatement les pires clichés sur la gueule, notamment le plus stupide : il n’y a pas de femmes sur Internet (depuis… ?). Il faut donc bien vérifier qu’on à pas affaire à Robert, 50 ans, pour pouvoir dragouiller/harceler/autre comportement lamentable sans tomber sur un homme (quelle autre raison peut-on trouver, franchement ?). La logique des choses voudrait qu’on demande à un futur membre de guilde si il est compétent (par exemple via les hauts-faits, même si je n’en pense pas grand bien, ou les stats, l’arbre de talents, l’expérience dans une ancienne guilde, etc…). Qu’on ait envie de vérifier cela peut se comprendre, si on vise le haut-niveau, même si c’est pas mon délire. Je peux aussi comprendre qu’on ait pas envie de jouer avec des personnes trop jeunes si on a un groupe soudé plus âgé qui risquerait de heurter de chastes oreilles par des conversations du genre "classées 18+" (même si c’est un problème complexe, celui de l’âge). Mais à part ça, qu’on soit un homme, une femme, ou une loutre de mer, quelle importance ? Ce qui indique un comportement sexiste, c’est bien que cette différence ait de l’importance. De plus, devoir "prouver" qu’on est une femme, le choix spécifique de ce mot, semble indiquer que les femmes ont des avantages particuliers du fait de leur sexe. C’est une manière de penser très intéressante : en quoi ? Une plongée rapide dans l’histoire des femmes ne risque pas d’apporter de réponse à cette question, bien au contraire. Les quelques "avantages" auquel on a pu me donner droit on toujours été soumis à contrepartie (pas forcément explicitement, mais vous voyez l’idée). Il faut être particulièrement crétin pour croire que ce qu’on est prêt à faire pour une femme dans le but (avec l’espoir, plutôt) de coucher avec constitue, pour elle, un avantage. C’est au mieux une attention non sollicitée et potentiellement très gênante. C’est la même problématique que dans le harcèlement de rue : on va entendre "c’est pas méchant, ils tentent leur chance", mais dans les faits c’est bel et bien du harcèlement, et c’est tout sauf agréable. Bref, quelle que soit la manière dont on retourne le problème, on en arrive toujours à cette mentalité puante qui ancre les femmes à une place spécifique dans le groupe, qu’on ait pour but de les traiter "mieux" que les autres (attention non sollicitée) ou de les draguer lourdement (harcèlement sexuel). Je passe sur les paranoïaques qui ont peur du mensonge : le genre de la personne ne devrait même pas être demandé. On ne devrait jamais forcer les gens à prouver quoi que ce soit de l’ordre du privé. Quand bien même un homme se ferait passer pour une femme : quel est le problème si tout le monde est traité de manière équitable ? Ce raisonnement ne tient absolument pas la route. Demander à une femme la preuve qu’elle est une femme c’est encore  lui montrer qu’elle vit à heterocismâle-land, qu’elle est une "bizarrerie", presque une erreur dans ce monde. Une autre manière de lui refuser une place naturelle au sein du groupe. Mais à part ça, y a pas de problème, tout ça c’est dans ma tête.

Je suis contente de n’avoir sorti qu’un exemple, ponctuel, parce que ça m’aide à prendre la mesure de ce qui peut arriver quand on tente une dénonciation plus poussée. J’ai encaissé, même si c’était pas super évident, mais j’ai bien senti l’intimidation à l’oeuvre. Est-ce que ça suffira à me faire taire ? Finalement non, la preuve. Parce que si je ne me sens pas l’âme vraiment militante du fait d’une certaine fragilité émotionnelle, chaque coup dans la gueule donne envie de le rendre. J’en arrive à une conclusion provisoire, qui est : plus on va tenter de me faire taire, plus je vais la ramener. Jusqu’à saturation, c’est possible, mais en attendant j’ai bien envie de faire chier le monde.

EDIT : J’avais décidé de ne pas publier cet article que je trouvais trop violent, trop écrit avec les tripes. Puis j’ai dormi, et au réveil, après une nuit douce, un tas de mentions ordurières m’attendaient sur Twitter. C’est le contre-coup : le lendemain, il ne reste que la haine. J’ai tout lu, sidérée par la mauvaise foi, la bêtise crasse de certains. Alors finalement, je publie. Parce que ça explique des choses qui posent visiblement question ("et si c’était une guilde avec des quotas ?" ou autres doutes de ce genre : non non, rien de ça, une guilde lambda minable), et parce qu’en fait un peu de violence va me faire du bien. C’est de la violence utile, bien plus que celle que j’ai pu essuyer depuis hier. Je me suis demandé pourquoi CET exemple m’avait attiré toute cette rage : c’est parce que ça touche un jeu très joué ? Genre "le sexisme c’pas moi c’est pas vrai c’est les autres pas touche" ? Vraiment, je ne comprends pas. La tendance qui se dégage, outre les "je ne suis pas offensé, il n’y a pas d’offense" (ta gueule, genre vraiment, ton avis on s’en cogne), c’est de me dire à quel point c’est pas un problème grave, non non, c’est rien du tout. Des dizaines de mecs qui viennent m’expliquer ce qui est grave ou non, tout en insistant bien sur la "violence" de mes propos (je vous propose de relire les tweets pour en saisir toute l’incroyable violence !), j’ai capté les termes "croisade hargneuse", etc. Moi, à la base, j’ai sorti un exemple parce qu’il m’a touché, point. Tout le reste s’est fait sans moi… C’est monté en épingle, sans doute pour une très bonne raison ceci dit : si c’était pas grave, ça serait passé inaperçu. Si c’était sans importance, on ne serait pas venu m’expliquer la vie en masse. Si c’était pas inscrit dans une réalité sociale qui dérange, on ne serait pas venu directement mettre ma parole en doute (sérieux, je ne vois pas ce qu’il y a de si surprenant ou incompréhensible, on me soupçonne directement de tromperie quand même. C’est beau. Mais après tout je suis une femme, ahah, c’est normal !). Si je peux me permettre un conseil, moi aussi, l’énergie dépensée à expliquer à quel point c’est un non problème pourrait être mieux employée à lutter contre le sexisme. Oh, pardon, c’est vrai qu’il n’existe pas…

J’ajoute un merci pour celles et ceux qui on eu le courage de lutter contre les mentions ordurières pendant que je dormais comme une bienheureuse en croyant que le gros de la vague était passé. C’est courageux, parce que vous n’aviez pas plus d’infos que les autres, finalement. Donc encore une fois, merci. Si il reste des zones d’ombre quand à cette histoire je veux bien en reparler mais encore une fois c’est un exemple banal, une guilde lambda, rien de folichon. Des crétins qui demandent une preuve à une femme qu’elle est une femme, juste comme ça, parce que le sexisme est naturel et qu’il ne viendrait à personne l’idée que ça puisse être offensant, parce qu’ils se sentent importants en tant que recruteurs. Ils ont une GUILDE quoi, c’est pas rien ! /Sarcasme. C’est pas très épique, c’est aussi ce qui en fait tout le drame : c’est ordinaire. Et en ce qui me concerne, le débat s’arrête ici.


J’avais presque oublié que tout le monde n’est pas spécialement au courant que je suis bi, et soudain le choc. Attention, je ne dis pas que ça ne me toucherait pas si je ne l’étais pas, je constate juste que j’ai oublié quelque chose. J’ai jamais fait de coming out, et je ne me sens pas « placardisée » pour autant. En fait, j’ai vécu très longtemps dans un monde plein de tolérance où mes proches se foutaient (en tout cas, officiellement) de ce que je faisais de mon cul, je n’ai donc jamais ressenti le besoin de définir ouvertement ma sexualité. Je sais que certains en parlaient dans mon dos, mais bon, ça ne me touchait pas directement. Sorti de ça, ce que pouvaient penser des inconnus en me voyant tenir la main d’une fille ne m’intéressait pas. Je pensais être passées entre les (grosses) gouttes de l’homophobie, parce que jusqu’à récemment je croyais que les remarques salaces étaient inévitables, par exemple, et n’étaient pas « méchantes ». L’homophobie, on nous apprend que c’est comme le viol : ça n’existe que quand on te tabasse et te laisse pour morte. Pourtant, ça a installé une angoisse qui tourne depuis en tâche de fond. Puis je me suis mise en couple avec un homme. Je n’étais donc vraisemblablement plus bi, aux yeux de la société. Après tout, « bi », ça n’existe pas vraiment…

En tant que bi, pan, ou n’importe quoi d’un peu « étrange », on a pas vraiment de visibilité. C’est simple, tant qu’on est avec une personne de notre sexe on est homo, et quand on est avec une personne du sexe opposé, on est hétéro. Mais être en couple avec un homme ne fait pas de moi une hétéro… Dans une relation plus libre, je pourrais parfaitement avoir des aventures avec des femmes, je suis toujours la même. Je ne sais pas comment l’expliquer simplement, mais je reste attirée par l’humain sans me soucier de son genre, l’important étant qu’il y ait « un truc » entre nous. C’est simple, vraiment. L’étiquette « bi » me convient-elle, d’ailleurs ? Au final j’en sais rien et je m’en fous. Ce que je sais, en revanche, c’est que personne ne me prend vraiment au sérieux quand je dis que j’ai la trouille en ce moment, au milieu de ces débordements homophobes. Et ça me blesse affreusement. Ça sous-entend des choses que je n’aime pas, vraiment pas.

Il semblerait donc que je n’ai pas à avoir peur des fachos parce que je suis en couple avec un homme. C’est tellement facile à dire… Mais premièrement, ces gens me font peur quel que soit le sujet. Qu’on puisse être aussi étroit d’esprit à notre époque, alors que le savoir est à portée d’un clic pour la plupart des gens, me fait mal. J’ai l’impression, sans doute naïve, que quand on se cultive on tend à s’ouvrir au monde, et à accepter les différences. Du coup, quand des gens un minimum instruits propagent des idées nauséabondes, ça me perturbe terriblement. Comment on en arrive à prôner la haine de l’autre, quelle qu’en soit la raison ? Je ne comprends pas, en toute sincérité. Et quand je lis des appels à tuer des homos, je me demande ce qui les retient de faire la même chose avec tout ce qui « dépasse ». Les personnes non blanches, les handicapés, etc… On pourra m’objecter que c’est facile d’appeler au meurtre sur Twitter et que la réalité c’est autre chose. Je veux bien, mais une menace (« il faut leur balancer du 220v »…) reste une agression et participe à créer un climat de peur, et on ne sait pas de quoi est capable la frange la plus violente/stupide de la population. C’est étrange à dire, mais si j’ai passé mon adolescence dans l’insouciance, c’est maintenant que je vois ce que j’aurais pu vivre dans d’autres circonstances que je suis terrifiée.

Deuxièmement, je trouve cette remarque très égoïste. Je suis « visiblement hétéro » donc tout va bien pour moi, hop, sujet suivant ? Etes-vous sérieux ? Parce que je peux me « cacher » derrière un mec, je devrais me taire et attendre que ça passe, sans en être blessée. Ben… Non, désolée, ça ne marche pas comme ça. Déjà parce que même si j’étais la seule à le savoir, je sais ce que je suis, et j’ai l’impression qu’on le sait quand on me voit (surtout que je n’en fais pas un sujet tabou). « Et si ils devinaient ? » Maintenant que je sais ce qui peut arriver si on apprend que je ne suis pas hétéro, je ne peux pas l’oublier. Je pourrais vivre avec une femme au moment où j’écris, et j’aurais juste un peu plus peur, parce que j’aurais peur pour elle. Mais le pire c’est aussi qu’on considère que « tant que ça va pour moi, je me fous du reste ». Ai-je le droit d’avoir peur pour des inconnus ? Visiblement non. Pourtant c’est le cas… Etre membre du fameux "lobby LGBT" ne m’inclus pas dans une super famille où tout le monde s’aime, cuicui. Mais partager une oppression commune fait marcher l’empathie. Quand je n’ai pas peur, quand je ne souffre pas, je partage quand même un peu de la peur et de la souffrance des autres. Pour eux comme pour moi, j’aimerais que ça s’arrange. Désolée une fois encore de ne pas penser qu’à mon propre confort.

Troisièmement, je vais être un peu égoïste moi-même, mais j’ai pas envie de me taire. Je pourrais, effectivement, mais je n’ai pas -envie- de m’écraser. On me marche sur le pied, j’ai le droit de dire que ça fait mal. Au nom de la tranquillité, je devrais la fermer ? Mais la tranquillité de qui ? Ceux qui décident de me traiter de sous-humain, en toute impunité, sans même en avoir conscience ? Motivant. Attention, je vais maintenant manifester la fameuse violence qui est présente des « deux côtés » selon certaines personnes : on a le droit d’être la pire des ordures homophobe, raciste, misogyne, n’importe quoi, tant qu’on ferme sa grande gueule. Tant que certains trouveront normal d’exposer leurs « simples opinions », je leur rappellerai que c’est pas comme ça qu’on obtient une société tolérante et respectueuse. Ohlala, je suis si méchante, j’en ai des frissons partout.

J’ai conscience que je ne fais qu’enfoncer des portes ouvertes, mais j’en ai vraiment assez qu’on ignore mes peurs parce qu’elles seraient injustifiées. Je ressens un profond rejet de la part d’une partie de la société et je dois aussi gérer mon manque de légitimité. C’est vraiment pas simple… Savoir qu’on est privilégié sur un point ne retire pas le droit d’avoir mal. Mais peut-être que j’ai tort, que ma voix n’est ni souhaité ni souhaitable… Je ne peux juste pas m’empêcher de ressentir des choses et de chercher, parfois, un peu de réconfort. J’aimerais qu’on arrête de me regarder pleurer en se demandant, en toute innocence, pourquoi je pleure. Que des gens, nombreux, affichent leur volonté d’en tuer d’autres, de me tuer, ça me semble une raison suffisante pour avoir les boules. Tout le monde devrait être blessé par ce qui arrive en ce moment, parce que c’est notre humanité qui est remise en question.


Aujourd’hui on va parler sale, on va parler vrai. Accessoirement, on va parler féminin. Comment concilier féminité épanouie et écologie ? *Gloussement discret*

Ouais, heu, je reprends. Je repousse ce post depuis un an, parce qu’il est toujours délicat de parler des règles, surtout quand on a la subtilité d’un tank. Et d’autres ont fait leurs propres articles, généralement très complets. Que pouvais-je bien apporter ? La réponse est finalement simple : un témoignage supplémentaire en faveur de méthodes alternatives de gestion des règles. Il n’y en aura jamais -trop-. C’est parti pour un peu de propagande écolo !

Continue reading


Plusieurs fois j’ai entamé des articles sur le thème de la fiendzone, sans jamais les terminer. Je finissais immanquablement par me perdre dans une rage impuissante contre les gens qui utilisent sérieusement ce terme (puissent-ils finir seuls et tristes), sans trouver le bon angle pour expliquer à quel point c’est sexiste et, plus simplement, puissamment stupide. Le premier aspect s’auto-démontrant régulièrement, je vais me concentrer sur le second.

De quoi parle-t-on, quand on parle de « friendzone »¹ ? De ces moments où un homme est attiré (physiquement bien souvent) par une femme, la drague (peu importe la manière, mais en étant généralement certain de faire mieux que « tous ces connards »), et se voit finalement répondre à une éventuelle déclaration d’attirance (parfois avant, parce que ça peut se remarquer quand on se fait draguer) : « je t’aime bien, mais en tant qu’ami ».

Le drame, l’horreur, le scandale. Pour certains, cette terrible nouvelle est accueillie avec incompréhension (en y ajoutant parfois des insultes sur le dos de la fille, entre potes) : pourquoi n’a-t-elle pas été sensible à mon incroyable charme ? Qu’ai-je mal fait ? Qu’ai-je manqué ? Pourquoi me condamner à un châtiment aussi horrible et humiliant que son amitié ? Qu’ai-je à faire de l’amitié d’une paire de nichons ambulante ? Bref, notre pauvre homme éconduit se demande ce qu’il aurait pu faire pour coucher quand-même avec cette femme si merveilleuse-sauf-si-elle-veut-pas-de-moi. Centré sur lui-même, il manque souvent le principal : si ça ne marche pas, c’est que ça ne pouvait pas marcher. L’amour, à tous les degrés entre « une petite relation sexuelle entre adultes consentants » et « l’amour pour toujours, mariage – enfants – pavillon – chien », demande la participation de deux individus également intéressés. Si l’un des deux n’est pas attiré par l’autre, inutile de se jeter à corps perdu dans des sites dispensants des techniques miracles de drague (« vous l’avez écouté parler ? aaah la friendzone est inévitable, pauvre fou ! »), et l’amitié est la meilleure chose que vous pourrez obtenir. Focaliser sur la relation (sexuelle) dont on a pas pu profiter et la vexation/colère qu’on en ressent fait ressortir le pire de notre personnalité. J’en veux pour preuve un exemple connu : Narcisse.

Contrairement aux croyances populaires, l’histoire de Narcisse n’est pas simplement « ho p’tain quel reflet baby ! Je suis trop un bogosse, je me shag-rais bien » et pouf, I’m dead. Quand on y regarde de plus près, il s’agit typiquement d’un cas d’école de friendzonage en série, à ceci près qu’à l’époque on ne considérait pas encore tous les hommes comme (uniquement) fondamentalement queutards et prêts à se taper tout ce qui bouge (ou, a minima, respire) et, donc, Narcisse, bien qu’étant un jeune homme, ne se gêne pas pour balancer des râteaux à tour de bras. C’était l’bon temps (enfin, plus ou moins…).

Mais reprenons du début : Narcisse est un adolescent très beau, et tout le monde lui court après (notamment une nymphe du nom d’Echo). Mais c’est un solitaire, un genre de geek de son époque : il préfère aller chasser dans la foret, tout seul peinard. Echo, amoureuse-stalkeuse monomaniaque psychotique, se lance dans le jeu bien connu des très jeunes enfants : « je répète tout ce que tu dis ». Étrangement, cette charmante attention ne fait pas grand effet à Narcisse qui la repousse un jour où elle décide de se jeter sur lui. Notre pauvre héros s’échappe, et Echo le vivra très mal. Tel le « nice guy » moderne, elle commence à se morfondre, insulter Narcisse sur les forums et Twitter, et finalement se laisse dépérir. Accessoirement, elle devient un rocher, et vous comprenez bien pourquoi elle s’appelle Echo, on va pas insister sur ce point (elle a vraiment pas digéré, ces nymphes ont vraiment un égo sur-dimensionné).

L’histoire ne s’arrêtant pas là, toutes celles et ceux que Narcisse avait éconduit se regroupent pour bitcher à mort et demander aux Dieux de les venger. Normal. Parce que ce sale petit con n’avait pas eu la décence d’honorer toutes les demandes, et que franchement c’est pas juste parce qu’on est tous super sympas, pas comme ces connards, et qu’on mérite mieux qu’un râteau. Vous connaissez la suite : ça va marcher. Narcisse restera hypnotisé par « une illusion dans son corps »² jusqu’à en mourir.

Cela vous semble triste, démesuré, tragique ? Je ne dirais qu’une chose : heureusement que tous les « nice guys » ne peuvent pas en appeler aux Dieux pour tuer les filles qui les repoussent, sinon notre espèce serait en péril. Il faut comprendre que la situation dans laquelle se trouve Narcisse est le reflet (ahah), bien qu’exagéré, de la situation dans laquelle se trouve une femme qui doit refuser des avances. Cela peut très bien se passer si on a affaire à une personne équilibrée, mais bien souvent on ouvre les vannes de la colère, et il est difficile de faire les choses « correctement ». Refuser une relation amoureuse est très compliqué, on attaque l’égo de la personne de plein fouet, et proposer son amitié comme un pis-aller peut avoir plusieurs fonctions : soit on apprécie vraiment la personne, mais l’amour n’est pas là, soit on espère que la blessure à l’égo sera moins importante sans espérer vraiment devenir « bff », soit encore pour tenter de dédramatiser la situation… Bref, il n’y a pas « un » modèle de « j’aimerais qu’on reste ami » (et, contrairement aux idées reçues, les sentiments évoluent et une amitié peut tout à fait se transformer en relation amoureuse).

L’homme ainsi vexé pense être le seul à vivre une situation critique : le modèle classique de la virilité lui a inculqué qu’il était « ridicule » pour un homme d’exposer ses sentiments, et il se sent vulnérable. Mais celle qui refuse une relation amoureuse sait exactement ce que son refus implique, et les risques associés (crise de colère, vengeance, etc…). Tout comme dans la situation de Narcisse, on peut être jugée arbitrairement, détestée, alors que l’idée de base n’est certainement pas d’être volontairement blessante. Notre comportement et nos réactions serons parfois décortiqués et étudiés dans l’espoir d’améliorer une technique magique imaginaire pour « la prochaine fois », réduisant ainsi la volonté propre de l’être et son libre-arbitre à néant, le considérant avec à peine plus d’égard qu’un steak.

En clair, c’est considérer qu’il y a toujours un moyen d’obtenir ce qu’on veut, sans réelle empathie pour la personne convoitée. Et si, dans le mythe, cet égoïsme conduira des gens à demander (et obtenir) la mort de celui qu’ils ne peuvent avoir, dans la réalité cela pourra se traduire par une mort symbolique, soit par une rupture de contacts, soit par la mort de l’image qu’on a de la personne en la dénigrant/ruinant sa réputation. La mort, qu’elle soit réelle ou symbolique, apparait comme une juste réparation pour un égo blessé, et j’ai envie de dire : “est-ce que ça vaut bien le coup”.

J’aimerais pouvoir donner des conseils pour éviter de se sentir blessé suite à un râteau, mais hélas c’est à chacun de prendre sur soi : ça arrivera. Probablement plusieurs fois. Peut-être souvent. Mais ça n’est pas une raison pour comprendre que toute la « caste des femmes » est contre vous et vous déteste, le monde tourne simplement sans vous en son centre, chacun a ses propres désirs et aspirations, et les relations humaines sont autrement plus complexes que le manuel d’un micro-ondes.

Ceci étant, une piste pour mieux vivre ses échecs sera justement de garder cela à l’esprit. Ça semble tout bête , mais c’est un début : il faut tenir compte des désirs (ou plus spécifiquement non-désirs) des autres, sans penser égoïstement que leurs décisions sont faites spécifiquement « contre nous ». D’autre part, n’oublions pas que plus les relations hommes-femmes seront égalitaires et s’éloigneront des rôles genrés habituels, moins la « prise de risque » sera unilatérale (dans la vie, elle ne l’est d’ailleurs pas tant que ça. Pour ma part j’ai souvent fait le premier pas, et je doute d’être la seule) : on craque sur quelqu’un, on montre son intérêt, qu’importe le genre. Pour terminer, alors que certains érigent la “virilité virile” en pierre angulaire des relations de couple, il serait temps de la laisser tomber en désuétude, voire de l’achever : les humains ont des sentiments, il n’y a pas de noblesse ou que sais-je à les cacher, seulement un risque de regretter de ne pas les avoir exprimé au bon moment. On peut tomber sur une conne qui s’en moquera, mais moins l’image de l’homme viril infaillible et irrésistible sera importante à vos yeux, moins ces moqueries auront de prise sur vous. Ne restera que l’égo, désespérément fragile, de l’humain, et l’expérience pour le blinder. Et puis, entre nous, il y a pire traitement que d’être condamné à avoir une nouvelle amie, je crois, surtout si elle est sincère. (“Hé regarde, cette sale féministe fait encore du prosélytisme” “Shut up”)

_____________

¹ Je parle ici du sens le plus communément remarqué : l’axe hétérocentré monogame « moi homme vouloir femme ». Certaines femmes s’approprient parfois le terme, mais restent visiblement minoritaires… Attention donc : ceci est un article hétérocentré (désolée, je me rattraperai)

² Extrait du livre « Le sexe et l’effroi » de Pascal Quigard, chez Folio